{"id":379,"date":"2026-03-01T17:10:20","date_gmt":"2026-03-01T17:10:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.palestine45.fr\/wordpress\/?p=379"},"modified":"2026-03-01T17:10:20","modified_gmt":"2026-03-01T17:10:20","slug":"israel-meme-jetee-a-la-poubelle-lhistoire-refait-surface-quatre-vingt-ans-apres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.palestine45.fr\/wordpress\/?p=379","title":{"rendered":"Isra\u00ebl: m\u00eame jet\u00e9e \u00e0 la poubelle l\u2019histoire refait surface quatre vingt ans apr\u00e8s"},"content":{"rendered":"\n<p>Jet\u00e9es \u00e0 la poubelle -\u00abConduite \u00e0 tenir dans les villages captur\u00e9s\u00bb-, exceptionnellement d\u00e9classifi\u00e9es, les archives de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance prouvent que l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne a expuls\u00e9 les Arabes dans un \u201cbain de sang\u201d. Adam Raz d\u00e9voile pour la premi\u00e8re fois t\u00e9moignages et directives; 95% restent classifi\u00e9s ou dissimul\u00e9s! Il se demande: \u00abQue nous apportera le d\u00e9ni des crimes commis \u00e0 Gaza.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/yves-romain\">Yves Romain<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab La terreur \u00e9tait n\u00e9cessaire pour faire partir les Arabes \u00bb :<br>les r\u00e9v\u00e9lations sur les agissements de l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne en 1948<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/article_google_discover\/files\/2026\/02\/27\/adam-01.png\" alt=\"Illustration 1\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Un enfant arabe quittant son village avec ses voisins, en 1948.<br>Cette photo, ainsi que d&rsquo;autres pr\u00e9sentes sur ces pages, faisaient partie d&rsquo;un tr\u00e9sor<br>de documents rares rassembl\u00e9s par le soldat Golani Rafi Kotzer,<br>r\u00e9cemment retrouv\u00e9 dans la rue.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des milliers de documents r\u00e9cemment d\u00e9couverts permettent d\u00e9sormais de raconter la v\u00e9ritable histoire de l&rsquo;expulsion des Palestiniens par Isra\u00ebl en 1948 et de commencer \u00e0 en saisir les cons\u00e9quences am\u00e8res, apr\u00e8s le 7 octobre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Adam Raz<\/strong>, <em>Haaretz<\/em>, vendredi 27 f\u00e9vrier 2026<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a environ deux ans, fin mars 2024, Ronit Zilberman, zoologiste, se promenait pr\u00e8s de chez elle, dans le quartier de Ramat Hahayal \u00e0 Tel Aviv, lorsqu&rsquo;elle remarqua des cartons contenant ce qu&rsquo;elle comprit \u00eatre des milliers de documents que quelqu&rsquo;un avait laiss\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une benne \u00e0 ordures.<\/p>\n\n\n\n<p>Intrigu\u00e9e, Zilberman a commenc\u00e9 \u00e0 fouiller dans ces documents. Elle a d\u00e9couvert un nombre extraordinaire de documents relatifs \u00e0 la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance, dont certains \u00e9taient class\u00e9s confidentiels, d&rsquo;autres d\u00e9crivaient des op\u00e9rations militaires dans l&rsquo;Isra\u00ebl naissant et les pays voisins, ainsi que des cartes et des photographies historiques qui, selon toute apparence, n&rsquo;avaient jamais \u00e9t\u00e9 rendues publiques (y compris les images figurant dans ce rapport d&rsquo;enqu\u00eate).<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Zilberman, des documents de ce type et de cette ampleur doivent faire l&rsquo;objet de recherches approfondies et \u00eatre archiv\u00e9s correctement. Bien que les cartons fussent assez lourds, elle les transporta chez elle. Elle contacta ensuite l&rsquo;Institut Akevot pour la recherche sur le conflit isra\u00e9lo-palestinien, o\u00f9 je travaille en tant que chercheur.<\/p>\n\n\n\n<p>La collection s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e appartenir \u00e0 Rafi Kotzer, l&rsquo;un des premiers combattants de la brigade d&rsquo;infanterie Golani et fondateur de l&rsquo;unit\u00e9 commando du 12e bataillon, qui est devenue plus tard le Sayeret Golani, la force de reconnaissance d&rsquo;\u00e9lite de la brigade. Kotzer a command\u00e9 plusieurs batailles en 1948, puis a fond\u00e9 l&rsquo;Organisation des anciens combattants handicap\u00e9s des Forces de d\u00e9fense isra\u00e9liennes.<\/p>\n\n\n\n<p>Une partie de la collection \u00e9tait personnelle \u2013 correspondance, bulletins scolaires, dessins d&rsquo;enfants, etc. \u2013 et n&rsquo;avait donc pas d&rsquo;importance pour la recherche. Mais il y avait aussi des journaux de bord, des notes et des r\u00e9sum\u00e9s, par exemple, documentant les discussions du Mapam \u2013 le parti politique de gauche qui a jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 dans les premi\u00e8res d\u00e9cennies d&rsquo;Isra\u00ebl \u2013 entre autres sujets, sur le danger des armes nucl\u00e9aires et sur le gouvernement militaire impos\u00e9 \u00e0 la population arabe d&rsquo;Isra\u00ebl de 1948 \u00e0 1966. Les documents les plus importants pour un examen historique approfondi \u00e9taient ceux qui traitaient de la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les documents jet\u00e9s \u00e0 la poubelle, l&rsquo;un d&rsquo;eux se d\u00e9marquait particuli\u00e8rement. Il avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par Yitzhak Broshi, commandant du 12e bataillon de Golani pendant la guerre. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;un ordre datant de juillet 1948 que Broshi avait envoy\u00e9 aux commandants des compagnies de la brigade engag\u00e9es dans les combats dans le nord du pays, intitul\u00e9 \u00ab <em>Conduite \u00e0 tenir dans les villages captur\u00e9s o\u00f9 se trouve une population <\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le contenu de ce document n&rsquo;est pas du genre de ce que l&rsquo;on trouve dans les livres d&rsquo;histoire isra\u00e9liens.<\/p>\n\n\n\n<p>Broshi informait les officiers qu&rsquo;apr\u00e8s la capture d&rsquo;un village arabe, des certificats d&rsquo;identit\u00e9 devaient \u00eatre d\u00e9livr\u00e9s aux habitants. Si quelqu&rsquo;un transf\u00e9rait son certificat \u00e0 une autre personne, les deux devaient \u00eatre fusill\u00e9s. Si quelqu&rsquo;un ne se pr\u00e9sentait pas \u00e0 temps pour l&rsquo;inspection militaire, il devait \u00eatre fusill\u00e9 et sa maison devait \u00eatre d\u00e9truite.<\/p>\n\n\n\n<p>Si un \u00ab Arabe \u00e9tranger \u00bb \u00e9tait trouv\u00e9 dans un village, selon les directives de Broshi, il devait \u00eatre abattu imm\u00e9diatement. En g\u00e9n\u00e9ral, la r\u00e8gle \u00e9tait d&rsquo;abattre \u00ab <em>un homme sur dix<\/em> \u00bb dans un village captur\u00e9 o\u00f9 des \u00e9trangers \u00e9taient trouv\u00e9s. De plus, tous les hommes d&rsquo;un foyer dans lequel des biens vol\u00e9s \u00e0 des Juifs \u00e9taient trouv\u00e9s devaient \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, bien qu&rsquo;il y ait eu un ordre de raser les villages, dans certains cas, cela ne suffisait pas. Par exemple, dans le cas d&rsquo;Arab a-Zabah, une communaut\u00e9 b\u00e9douine de Basse Galil\u00e9e, il ne devait rester aucune \u00e2me ni aucune trace. \u00ab <em>Tous les Arabes parmi les Zabahim doivent \u00eatre tu\u00e9s<\/em> \u00bb, stipulait l&rsquo;ordre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s&rsquo;agissait pas de directives vagues transmises oralement. Celle-ci et d&rsquo;autres figuraient \u00ab <em>noir sur blanc <\/em>\u00bb et \u00e9taient sign\u00e9es de la main de Broshi.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un autre ordre dat\u00e9 de juillet 1948, Broshi ordonnait \u00e0 ses troupes de rechercher les Arabes qui auraient pu se cacher dans la r\u00e9gion du mont Turan, en Basse Galil\u00e9e, apr\u00e8s que le site eut \u00e9t\u00e9 conquis. L&rsquo;ordre \u00e9tait le suivant : \u00ab <em>Tuez tous ceux qui se cachent.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/article_thumbnail\/files\/2026\/02\/27\/adam-02.png\" alt=\"Illustration 2\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Parmi les documents, l&rsquo;un d&rsquo;eux indique que \u00ab <em>quelques Arabes errent dans les villages<\/em> [captur\u00e9s] \u00bb, apparemment pour r\u00e9cup\u00e9rer leurs biens et de la nourriture. Conform\u00e9ment aux instructions contenues dans le document : \u00ab <em>La r\u00e9gion doit \u00eatre nettoy\u00e9e des Arabes.<\/em> \u00bb Sous la rubrique \u00ab La m\u00e9thode \u00bb, le document ajoute que \u00ab <em>tout Arabe rencontr\u00e9 doit \u00eatre extermin\u00e9 <\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e8s de 80 ans se sont \u00e9coul\u00e9s depuis la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance, mais une grande partie des archives isra\u00e9liennes reste classifi\u00e9e. Le secret qui entoure cette question a laiss\u00e9 en suspens l&rsquo;une des questions les plus fondamentales relatives \u00e0 la guerre : pr\u00e8s de 800 000 Arabes ont-ils fui de leur propre initiative et sur ordre de leurs dirigeants, ou ont-ils \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s ? Et s&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s, quel r\u00f4le les massacres et les meurtres ont-ils jou\u00e9 dans l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de ce processus ? Le fait qu&rsquo;Isra\u00ebl ait emp\u00each\u00e9 les Arabes de revenir et d\u00e9moli leurs villages, perp\u00e9tuant ainsi d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment leur expulsion du pays, est souvent absent du discours historique.<\/p>\n\n\n\n<p>De l&rsquo;avis de nombreux Isra\u00e9liens, si les Arabes ont d\u00e9cid\u00e9 de fuir, Isra\u00ebl n&rsquo;est pas responsable de la trag\u00e9die palestinienne. Mais si Isra\u00ebl a expuls\u00e9 les Palestiniens et que ses troupes n&rsquo;ont apparemment pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 verser le sang de ceux qui refusaient de partir, alors un nuage tr\u00e8s sombre plane sur la p\u00e9riode de la cr\u00e9ation de l&rsquo;\u00c9tat. Si la mission sous-jacente de l&rsquo;arm\u00e9e naissante n&rsquo;\u00e9tait pas d&rsquo;assurer la \u00ab <em>puret\u00e9 des armes <\/em>\u00bb telle qu&rsquo;elle \u00e9tait con\u00e7ue \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire que les soldats ne feraient pas de mal \u00e0 des innocents et n&rsquo;utiliseraient leurs armes que contre des individus commettant des actes violents \u2013, mais plut\u00f4t de perp\u00e9tuer le nettoyage ethnique, il s&rsquo;ensuit que la m\u00e9moire historique en Isra\u00ebl est une tromperie.<\/p>\n\n\n\n<p>Si tel est le cas, m\u00eame ceux qui soulignent le contexte de la guerre \u2013 le fait que les pays arabes avaient rejet\u00e9 le plan de partition des Nations unies en 1947, que l&rsquo;Holocauste avait pris fin seulement trois ans plus t\u00f4t et que d&rsquo;autres conflits de l&rsquo;\u00e9poque s&rsquo;\u00e9taient sold\u00e9s par l&rsquo;expulsion de populations \u2013 devront reconna\u00eetre ce qui s&rsquo;est r\u00e9ellement pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette discussion historique ne concerne pas seulement le pass\u00e9. La reconnaissance de l&rsquo;injustice commise pourrait avoir des implications pour l&rsquo;avenir d&rsquo;Isra\u00ebl et ouvrir la voie \u00e0 la r\u00e9conciliation. Le refus de reconna\u00eetre cette injustice a toutefois un prix. Ce qui est refoul\u00e9 collectivement refait surface plus tard sous des formes d\u00e9plaisantes. Il vaut la peine de donner une chance au pouvoir de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>* <strong>\u2666<\/strong> *<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;impulsion pour ce rapport d&rsquo;enqu\u00eate provient d&rsquo;une occasion qui s&rsquo;est r\u00e9cemment pr\u00e9sent\u00e9e d&rsquo;aborder ce pass\u00e9 oubli\u00e9 sous une forme non m\u00e9diatis\u00e9e. La vaste collection de Kotzer, dont une partie a \u00e9t\u00e9 cit\u00e9e ci-dessus, fait partie d&rsquo;un tr\u00e9sor de milliers de documents juridiques datant de 1948 qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9classifi\u00e9s par les tribunaux militaires \u00e0 la suite de proc\u00e9dures r\u00e9centes engag\u00e9es par l&rsquo;Institut Akevot.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette riche source, dont la publication a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9e par la censure militaire, apporte un \u00e9clairage nouveau sur l&rsquo;histoire de la question des r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens. De plus, elle r\u00e9fute compl\u00e8tement le r\u00e9cit isra\u00e9lien selon lequel les habitants arabes du pays auraient fui de leur plein gr\u00e9 \u00e0 la demande de leurs propres dirigeants. Bien que certaines instructions de ce type aient effectivement \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9es et que certaines personnes soient parties de leur propre initiative, il est d\u00e9sormais possible de confirmer, sur la base d&rsquo;un ensemble impressionnant de preuves, que l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne a expuls\u00e9 les Arabes de mani\u00e8re syst\u00e9matique et violente pendant la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance. L&rsquo;expulsion s&rsquo;est traduite par des massacres, des meurtres et diverses mesures visant \u00e0 terroriser cette population civile et \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer sa fuite.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/article_thumbnail\/files\/2026\/02\/27\/adam-03-2.png\" alt=\"Illustration 3\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>&nbsp;<br><strong>Il y a eu des op\u00e9rations au cours desquelles l&rsquo;ennemi potentiel, \u00e0 savoir les civils, a \u00e9t\u00e9 an\u00e9anti. \u00c0 Safsaf, Jish, Ilaboun, Lod, Ramle et dans le sud, \u00e0 grande \u00e9chelle. L&rsquo;intention \u00e9tait d&rsquo;expulser. Il est impossible d&rsquo;expulser 114 000 personnes qui vivaient [en Galil\u00e9e] sans recourir \u00e0 la terreur. Il a fallu un \u00e9l\u00e9ment de terreur initiale pour les faire partir.<br><\/strong>Mordechai Maklef, officier des op\u00e9rations<\/p>\n\n\n\n<p>Les documents les plus importants rendus publics et qui sous-tendent ce rapport concernent Shmuel Lahis. Lahis \u00e9tait commandant de compagnie dans la brigade Carmeli et a massacr\u00e9 de ses propres mains des dizaines d&rsquo;habitants de Hula, un village situ\u00e9 pr\u00e8s du kibboutz Manara, du c\u00f4t\u00e9 libanais de la fronti\u00e8re. Lahis est le seul soldat isra\u00e9lien \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 pour le meurtre d&rsquo;Arabes pendant la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;insistance de son sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique, le commandant adjoint du bataillon Dov Yermiya, pour le traduire en justice. Lahis a soutenu qu&rsquo;il avait agi conform\u00e9ment aux ordres de ses sup\u00e9rieurs et a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 un an de prison. Dans la pratique, cependant, il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 incarc\u00e9r\u00e9, mais a purg\u00e9 une courte peine dans une base militaire et a rapidement obtenu une gr\u00e2ce. Il est ensuite devenu directeur g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Agence juive.<\/p>\n\n\n\n<p>Gideon Eilat, l&rsquo;un des juges charg\u00e9s de l&rsquo;affaire, a fait remarquer que pendant la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance, des atrocit\u00e9s pires que celles commises par Lahis avaient \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9es, et s&rsquo;est demand\u00e9 pourquoi seul ce dernier avait \u00e9t\u00e9 traduit en justice. Il a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;aucune r\u00e9ponse n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 apport\u00e9e par les hauts grad\u00e9s \u00ab aux multiples crimes de guerre commis par des commandants et des soldats \u00bb, et il consid\u00e9rait clairement Lahis comme un bouc \u00e9missaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les remarques du juge Eilat n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 faites dans le vide. La ligne de d\u00e9fense adopt\u00e9e par les avocats de Lahis \u2013 selon laquelle il ne faisait que suivre les ordres \u2013 a \u00e9t\u00e9 soutenue par de nombreux officiers sup\u00e9rieurs qui ont t\u00e9moign\u00e9 lors de son proc\u00e8s. Leurs t\u00e9moignages sont rendus publics ici pour la premi\u00e8re fois et figurent dans un livre publi\u00e9 actuellement par l&rsquo;Institut Akevot.<\/p>\n\n\n\n<p>* \u2666 *<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;un des t\u00e9moins du proc\u00e8s Lahis \u00e9tait Mordechai Maklef, officier des op\u00e9rations sur le front nord qui, quatre ans plus tard, fut promu chef d&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne. \u00ab <em>Il y a eu des op\u00e9rations au cours desquelles l&rsquo;ennemi potentiel, \u00e0 savoir les civils, a \u00e9t\u00e9 an\u00e9anti <\/em>\u00bb, a-t-il d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 la cour. \u00ab<em> Par exemple, \u00e0 Safsaf, Jish, Ilaboun, Lod, Ramle et dans le sud, \u00e0 grande \u00e9chelle. L&rsquo;intention \u00e9tait de les expulser. Il est impossible d&rsquo;expulser 114 000 personnes qui vivaient<\/em> [en Galil\u00e9e] <em>sans recourir \u00e0 la terreur. Il fallait qu&rsquo;il y ait un \u00e9l\u00e9ment de terreur initiale pour qu&rsquo;ils partent.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Maxim Cohen \u00e9tait commandant de la brigade Carmeli, l&rsquo;une des brigades d&rsquo;infanterie les plus importantes et les plus en vue qui ont particip\u00e9 \u00e0 la guerre de 1948-1949. Appel\u00e9 \u00e0 la barre par l&rsquo;avocat de Lahis, il a livr\u00e9 un t\u00e9moignage effroyable. \u00ab<em> Comment expulser un village ?<\/em> \u00bb, a-t-il demand\u00e9. \u00ab <em>Vous coupez l&rsquo;oreille d&rsquo;un Arabe devant tout le monde, et ils s&rsquo;enfuient tous. Dans la pratique, aucun village n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9 sans que quelqu&rsquo;un ne soit poignard\u00e9 dans le ventre ou par des moyens similaires. Nous avons gagn\u00e9 uniquement gr\u00e2ce \u00e0 la peur des Arabes, et ils ne craignaient que les actes qui n&rsquo;\u00e9taient pas conformes \u00e0 la loi.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/article_thumbnail\/files\/2026\/02\/27\/adam-04.png\" alt=\"Illustration 4\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Haim Ben-David, officier des op\u00e9rations \u00e0 Carmeli qui a atteint le grade de g\u00e9n\u00e9ral de division dans l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne avant de devenir secr\u00e9taire militaire du Premier ministre David Ben Gourion, a expliqu\u00e9 dans son t\u00e9moignage que l&rsquo;expulsion des Arabes \u00e9tait une pratique courante et que le nettoyage d&rsquo;une zone \u00ab <em>prenait la forme de meurtres <\/em>\u00bb, selon les circonstances.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>Dans nos ordres op\u00e9rationnels, nous prenions soin de ne pas mentionner le mot <\/em><em>\u201c<\/em><em>tuer <\/em><em>\u201d<\/em><em>\u00bb. Les ordres relatifs \u00e0 la conduite \u00e0 tenir \u00e9taient transmis oralement aux commandants de bataillon <\/em>\u00bb, a expliqu\u00e9 Ben-David, soulignant que les directives \u00e9crites \u00e9manant de l&rsquo;\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral n&rsquo;appelaient pas express\u00e9ment \u00e0 la destruction des villages, mais que les actions sur le terrain \u00e9taient men\u00e9es \u00ab <em>avec l&rsquo;accord du haut commandement<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Que se passait-il si un Arabe insistait pour rester chez lui ? Dans ce cas, \u00ab<em> il recevait une balle<\/em> \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Ben-David \u00e0 la cour. \u00ab <em>Nous connaissions les lois internationales, mais je sais aussi que nous ne nous sommes souvent pas comport\u00e9s conform\u00e9ment \u00e0 ces lois. Nous avons eu recours \u00e0 des moyens ill\u00e9gaux.<\/em> \u00bb Ces moyens, a-t-il d\u00e9clar\u00e9, ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s contre des femmes et des enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre officier sup\u00e9rieur appel\u00e9 \u00e0 la barre des t\u00e9moins \u00e9tait Yosef Eitan, commandant de la 7e brigade blind\u00e9e, qui est ensuite devenu chef du commandement central. Eitan a \u00e9voqu\u00e9 la disparit\u00e9 entre les ordres \u00e9crits et ce qui \u00e9tait dit oralement aux troupes : \u00ab <em>Je n&rsquo;ai pas vu<\/em> [d&rsquo;ordre \u00e9crit] <em>d&rsquo;exterminer tous les \u00eatres vivants, mais sous forme d&rsquo;allusions, oui.<\/em> \u00bb Il a ajout\u00e9 que les officiers sur le terrain avaient \u00ab <em>la permission d&rsquo;interpr\u00e9ter l&rsquo;ordre <\/em>\u00bb, ajoutant que \u00ab <em>nos soldats ont extermin\u00e9 les habitants<\/em> \u00bb sur la base des directives qui leur avaient \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Yisrael Carmi, commandant de bataillon dans la 7e brigade, a t\u00e9moign\u00e9 lors du proc\u00e8s Lahis au sujet de la conqu\u00eate de Be&rsquo;er Sheva en octobre 1948, expliquant que la m\u00e9thode consistait \u00e0 tuer les civils qui r\u00e9sistaient \u00e0 l&rsquo;expulsion et qu&rsquo;elle avait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e tant au nord qu&rsquo;au sud.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>J&rsquo;ai conquis la ville<\/em> \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Carmi. \u00ab<em> En nettoyant cette zone, j&rsquo;ai donn\u00e9 l&rsquo;ordre d&rsquo;exterminer toute personne qui se pr\u00e9sentait dans la rue, qu&rsquo;elle r\u00e9siste ou non. L&rsquo;ordre \u00e9tait de tout d\u00e9truire. Apr\u00e8s la conqu\u00eate du poste de police<\/em> \u2013 apr\u00e8s la reddition \u2013 <em>les meurtres ont cess\u00e9. Jusque-l\u00e0, tout le monde \u00e9tait tu\u00e9<\/em> \u2013 les femmes, les enfants, tout le monde.<em> Puis l&rsquo;ordre a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 la population de se rendre \u00e0 H\u00e9bron. Ceux qui ne sont pas partis ont \u00e9t\u00e9 <\/em><em>\u201c<\/em><em>\u00e9limin\u00e9s<\/em><em>\u201d<\/em><em> \u00bb<\/em> (guillemets dans l&rsquo;original).<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre dossier d&rsquo;archives dont le contenu a \u00e9t\u00e9 rendu public concerne le proc\u00e8s de soldats qui ont viol\u00e9 et assassin\u00e9 une jeune B\u00e9douine dans le sud, en 1949. Les documents montrent comment le massacre de civils a non seulement servi \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer leur expulsion, mais aussi \u00e0 emp\u00eacher le retour des Arabes sur leurs terres. Un ordre op\u00e9rationnel donn\u00e9 par \u00e9crit aux soldats peu apr\u00e8s les accords de cessez-le-feu leur ordonnait \u00ab de tirer sur tous les Arabes se trouvant dans la zone jusqu&rsquo;\u00e0 la fronti\u00e8re de l&rsquo;armistice \u00bb. Sign\u00e9 par : A. Rosenblum. Capitaine. Commandant de la ligne. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le verdict rendu dans cette affaire stipulait que les ordres donn\u00e9s aux soldats \u00ab <em>\u00e9taient sans r\u00e9serve de tirer sur tous les Arabes, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;hommes ou de femmes, qu&rsquo;ils soient arm\u00e9s ou non, qu&rsquo;ils s&rsquo;enfuient ou l\u00e8vent les mains et se rendent. Si vous voyiez un Arabe pendant votre patrouille, vous \u00e9tiez oblig\u00e9 de lui tirer dessus<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re de ces \u00e9l\u00e9ments, les juges ont estim\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait difficile de consid\u00e9rer les soldats comme responsables de meurtre et qu&rsquo;ils ne devaient r\u00e9pondre que des viols. \u00ab <em>Si l&rsquo;officier avait tu\u00e9 la femme arabe au lieu de la \u00ab prendre \u00bb, il est possible qu&rsquo;il n&rsquo;aurait m\u00e9rit\u00e9 aucune sanction.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La collection de documents r\u00e9cemment rendue publique fait \u00e9galement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une autre affaire, concernant le meurtre de trois Arabes \u00e2g\u00e9s \u2013 deux femmes et un homme \u2013 \u00e0 Al-Bureij, au sud d&rsquo;H\u00e9bron. Les soldats de l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne ont pris le village en juillet 1948 et, trois mois plus tard, se sont demand\u00e9 comment se d\u00e9barrasser des quatre Arabes qui s&rsquo;y trouvaient encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soldat Arye Ben-Shem, du 143e bataillon, a racont\u00e9 que l&rsquo;un des quatre \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme utile aux troupes dans la cuisine, et qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 de l&rsquo;\u00e9pargner. Quant aux trois autres, selon le t\u00e9moignage de Ben-Shem, le lieutenant Yosef Fishel a ordonn\u00e9 aux troupes de les enfermer dans un b\u00e2timent et de tirer dessus avec un obus antichar Fiat. \u00ab <em>Finissez-les<\/em> \u00bb, a ordonn\u00e9 Fishel.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s que le projectile eut manqu\u00e9 le b\u00e2timent, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 que les soldats devaient y lancer des grenades puis y mettre le feu. \u00ab <em>Quand je suis entr\u00e9 dans la maison, l&rsquo;un d&rsquo;eux \u00e9tait en train de mourir et je lui ai tir\u00e9 une balle<\/em> \u00bb, a t\u00e9moign\u00e9 l&rsquo;un des soldats. \u00ab <em>Ils \u00e9taient allong\u00e9s sur le sol. J&rsquo;ai donn\u00e9 des coups de pied dans les jambes des deux autres. Ils n&rsquo;ont pas r\u00e9agi.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/article_thumbnail\/files\/2026\/02\/27\/adam-05.png\" alt=\"Illustration 5\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>L&rsquo;un des documents retrouv\u00e9s : \u00ab Il y a eu des op\u00e9rations au cours desquelles l&rsquo;ennemi potentiel, \u00e0 savoir les civils, a \u00e9t\u00e9 an\u00e9anti. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Un soldat a d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab <em>liquider des Arabes sur ordre d&rsquo;une autorit\u00e9 sup\u00e9rieure n&rsquo;avait rien de surprenant, car j&rsquo;avais entendu parler de nombreux cas o\u00f9 cela avait \u00e9t\u00e9 fait<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 Lahis, accus\u00e9 de meurtre dans le massacre de Hula, Fishel a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 et condamn\u00e9 pour tentative de meurtre. Le tribunal a expliqu\u00e9 que l&rsquo;accusation avait fait preuve de n\u00e9gligence et n&rsquo;avait pas fait les efforts n\u00e9cessaires pour prouver qu&rsquo;un meurtre avait bien \u00e9t\u00e9 commis. Fishel a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 60 jours de prison \u2013 peine port\u00e9e \u00e0 un an d&#8217;emprisonnement en appel \u2013 et le tribunal a not\u00e9 que l&rsquo;accus\u00e9 aurait pu \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 croire que ses actes \u00e9taient justifi\u00e9s tant sur le plan moral que militaire.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;avocat de Fishel a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;il ne comprenait pas \u00ab <em>pourquoi l&rsquo;accus\u00e9 devait purger une peine. Pour avoir exag\u00e9r\u00e9 dans ses actions ? Il a accompli un devoir d\u00e9sagr\u00e9able et a agi pour les raisons les plus pures. Ce n&rsquo;est pas un seul officier qui a \u00e9t\u00e9 puni ici, c&rsquo;est toute une \u00e9cole de pens\u00e9e. <\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>* <strong>\u2666<\/strong> *<\/p>\n\n\n\n<p>Le fait que les meurtres et les expulsions aient \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme faisant partie d&rsquo;une \u00ab<em> \u00e9cole de pens\u00e9e<\/em> \u00bb a \u00e9t\u00e9 occult\u00e9 au fil des ans, n&rsquo;apparaissant que rarement dans les \u00e9tudes de recherche. Et m\u00eame dans ce cas, l&rsquo;accent \u00e9tait mis sur l&rsquo;op\u00e9ration Hiram, dont l&rsquo;objectif \u00e9tait de conqu\u00e9rir la Galil\u00e9e et qui a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e \u00e0 la fin de la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, les m\u00e9thodes d\u00e9crites ici ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es dans la guerre locale qui s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e entre novembre 1947 et mai 1948, et de mani\u00e8re plus intense lors de la phase suivante de conflit r\u00e9gional. En effet, les actes de violence ont augment\u00e9 \u00e0 partir d&rsquo;avril-mai 1948, lorsque l&rsquo;arm\u00e9e pr\u00e9-ind\u00e9pendance de la Haganah est pass\u00e9e \u00e0 l&rsquo;offensive. Au cours de cette p\u00e9riode, de nombreuses villes arabes ont \u00e9t\u00e9 captur\u00e9es et leurs habitants expuls\u00e9s. Des centaines de villages ont subi le m\u00eame sort dans les mois qui ont suivi.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00e9v\u00e9nements sont d\u00e9crits dans une \u00e9tude approfondie sur l&rsquo;op\u00e9ration Hiram men\u00e9e dans les ann\u00e9es 1950 par le major Yitzhak Moda&rsquo;i, qui deviendra trente ans plus tard ministre des Finances d&rsquo;Isra\u00ebl. R\u00e9dig\u00e9e \u00e0 la demande du d\u00e9partement d&rsquo;histoire de l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne, son \u00e9tude s&rsquo;appuyait sur des documents internes et n&rsquo;\u00e9tait pas destin\u00e9e au grand public. Moda&rsquo;i y note que Yigael Yadin, chef des op\u00e9rations de l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne pendant la guerre et deuxi\u00e8me chef d&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne \u00e0 partir de la fin 1949, qui devint plus tard un arch\u00e9ologue de renomm\u00e9e mondiale et eut une longue carri\u00e8re politique, d\u00e9clara clairement dans un ordre \u00e9crit : \u00ab <em>Les habitants arabes ne nous int\u00e9ressent pas.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Moda&rsquo;i \u00e9crit \u00e9galement que \u00ab <em>dans les derni\u00e8res phases de l&rsquo;op\u00e9ration Hiram, le chef du commandement<\/em> [du front nord] <em>a inform\u00e9 les brigades comme suit <\/em>: \u201c<em>Faites tout votre possible pour proc\u00e9der \u00e0 un nettoyage rapide et imm\u00e9diat des territoires conquis de tous les \u00e9l\u00e9ments hostiles. Conform\u00e9ment aux ordres qui ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s, les habitants doivent \u00eatre aid\u00e9s \u00e0 partir.<\/em><em>\u201d<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, il a not\u00e9 que les unit\u00e9s de l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne avaient tent\u00e9 d&rsquo;expulser la population arabe de Galil\u00e9e \u00ab <em>fr\u00e9quemment et pas n\u00e9cessairement par des moyens l\u00e9gaux et pacifiques <\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/article_thumbnail\/files\/2026\/02\/27\/adam-06-1.png\" alt=\"Illustration 6\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>J&rsquo;ai conquis la ville. J&rsquo;ai donn\u00e9 l&rsquo;ordre d&rsquo;exterminer toute personne qui se pr\u00e9senterait dans la rue, qu&rsquo;elle oppose ou non une r\u00e9sistance. L&rsquo;ordre \u00e9tait de tout d\u00e9truire. Apr\u00e8s la reddition, les meurtres ont cess\u00e9. Jusque-l\u00e0, tout le monde avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 : les femmes, les enfants, tout le monde.<br><\/strong>Yisrael Carmi, commandant de bataillon<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ordre d&rsquo;expulsion cit\u00e9 par Moda&rsquo;i dans son \u00e9tude a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 au commandant du front nord, le g\u00e9n\u00e9ral de division Moshe Carmel. Ce document a \u00e9t\u00e9 d\u00e9classifi\u00e9 par les archives de l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 et a servi de base \u00e0 un ouvrage de l&rsquo;historien isra\u00e9lien Benny Morris, intitul\u00e9 \u00ab <em>Correcting a Mistake: Jews and Arabs in Palestine\/Israel<\/em>, 1936-1956 \u00bb (2000, en h\u00e9breu).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une \u00e9tude pionni\u00e8re ant\u00e9rieure intitul\u00e9e \u00ab <em>The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949<\/em> \u00bb (Cambridge University Press ; 1987), Morris d\u00e9crivait l&rsquo;expulsion des Arabes comme une source de d\u00e9sordre et de confusion, compte tenu de l&rsquo;absence de politique claire. Dans son ouvrage suivant, il a cherch\u00e9 \u00e0 corriger cette description et a \u00e9crit que l&rsquo;ordre \u00e9crit de Carmel, qui avait alors \u00e9t\u00e9 d\u00e9classifi\u00e9, indiquait clairement que l&rsquo;expulsion des habitants locaux \u00e9tait \u00ab <em>extr\u00eamement urgente<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre-temps, les documents faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;expulsion ont \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9s dans l&rsquo;obscurit\u00e9 des archives de l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne, tout comme ceux attestant des crimes de guerre. Pour comprendre \u00e0 quel point les t\u00e9moignages et les directives cit\u00e9s ici pour la premi\u00e8re fois sont rares, il faut examiner la politique de dissimulation men\u00e9e par Isra\u00ebl depuis des d\u00e9cennies. Sur les 17 millions de dossiers conserv\u00e9s dans les archives de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl et celles de l&rsquo;arm\u00e9e et du minist\u00e8re de la D\u00e9fense, plus de 16 millions sont inaccessibles au public.<\/p>\n\n\n\n<p>Un document interne provenant des archives de l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne, class\u00e9 secret jusqu&rsquo;\u00e0 il y a quelques ann\u00e9es et r\u00e9cemment d\u00e9couvert par Akevot, pr\u00e9cisait au personnel des archives les sujets et th\u00e8mes qu&rsquo;il fallait essayer de soustraire \u00e0 l&rsquo;examen du public. Par exemple, \u00ab<em> les documents susceptibles de nuire \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne<\/em> [et de la pr\u00e9senter] <em>comme une arm\u00e9e d&rsquo;occupation d\u00e9pourvue de fondements moraux,<\/em> [qui affiche] <em>un comportement violent \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la population arabe et commet des actes cruels<\/em> (meurtres, assassinats) \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/article_thumbnail\/files\/2026\/02\/27\/adam-07.png\" alt=\"Illustration 7\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>En outre, les documents relatifs \u00e0 \u00ab <em>l&rsquo;expulsion des Arabes<\/em> \u00bb ne doivent pas \u00eatre divulgu\u00e9s, pas plus que ceux concernant \u00ab <em>les ordres de nuire aux infiltr\u00e9s<\/em> [les Arabes qui tentent de retourner dans leurs villages] \u00bb. Le m\u00e9morandum indiquait \u00e9galement au personnel qu&rsquo;il \u00e9tait interdit de divulguer les documents faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab <em>des comportements violents \u00e0 l&rsquo;encontre des prisonniers, contraires \u00e0 la Convention de Gen\u00e8ve<\/em> (meurtres) \u00bb, ainsi que les instructions \u00ab <em>de ne pas tenir compte des drapeaux blancs<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les efforts de dissimulation englobaient \u00e9galement les archives d\u00e9tenues par les partis politiques et les collections priv\u00e9es, une ressource alternative pour les chercheurs et les journalistes. Au cours des 25 derni\u00e8res ann\u00e9es, le personnel de ce que l&rsquo;on appelle en h\u00e9breu Malmab \u2013 le bureau du directeur de la s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tablissement de d\u00e9fense \u2013 a pass\u00e9 en revue toutes les archives, s&rsquo;assurant que les documents potentiellement r\u00e9v\u00e9lateurs soient tenus \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du public, sans aucune autorit\u00e9 l\u00e9gale pour le faire.<\/p>\n\n\n\n<p>La Haute Cour de justice a \u00e9galement jou\u00e9 un r\u00f4le dans cette politique. Invit\u00e9e \u00e0 autoriser la publication de documents et d&rsquo;images du massacre de 1948 dans le village arabe de Deir Yassin, \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de J\u00e9rusalem, la cour a refus\u00e9 de le faire en 2010, invoquant le faible argument selon lequel cela risquait de nuire \u00e0 la politique \u00e9trang\u00e8re d&rsquo;Isra\u00ebl et aux \u00ab<em> relations avec la minorit\u00e9 arabe <\/em>\u00bb dans le pays.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, les proc\u00e8s-verbaux des r\u00e9unions du cabinet concern\u00e9es n&rsquo;ont toujours pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9classifi\u00e9s, m\u00eame si pr\u00e8s de 80 ans se sont \u00e9coul\u00e9s. N\u00e9anmoins, certains des \u00e9changes entre les ministres ont \u00e9t\u00e9 rendus publics ces derni\u00e8res ann\u00e9es, \u00e0 la suite de pressions exerc\u00e9es par les archives nationales.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, lors d&rsquo;une discussion en temps r\u00e9el sur les ordres de \u00ab <em>nettoyer le territoire <\/em>\u00bb, le ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur Yitzhak Gruenbaum a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab <em>Quiconque observe toutes ces questions de l&rsquo;ext\u00e9rieur ne peut trouver d&rsquo;explication \u00e0 la fuite des Arabes. Il va de soi qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 contraints de fuir parce que<\/em> [des gens] <em>ont vol\u00e9, viol\u00e9, assassin\u00e9, expuls\u00e9.<\/em> \u00bb Il a insist\u00e9 pour qu&rsquo;un ordre soit donn\u00e9 afin de mettre fin \u00e0 l&rsquo;expulsion.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre ministre, Mordechai Bentov, a d\u00e9clar\u00e9 lors d&rsquo;une r\u00e9union du cabinet : \u00ab <em>Il est facile d&rsquo;expulser, Hitler a \u00e9t\u00e9 le premier <\/em>\u00bb, ajoutant : \u00ab <em>Tout ce que nous faisons est contraire aux conventions internationales<\/em> \u00bb. Et le ministre de longue date Moshe Haim Shapira a affirm\u00e9 que la violence des troupes isra\u00e9liennes contre les Arabes avait atteint des proportions \u00e9pid\u00e9miques.<\/p>\n\n\n\n<p>* <strong>\u2666<\/strong> *<\/p>\n\n\n\n<p>Un th\u00e8me r\u00e9current dans les documents r\u00e9v\u00e9l\u00e9s ici pour la premi\u00e8re fois est la directive interdisant de faire des prisonniers. La d\u00e9finition des prisonniers s&rsquo;av\u00e8re avoir \u00e9t\u00e9 assez large \u2013 englobant parfois les femmes et les enfants \u2013 et \u00e9tait mentionn\u00e9e dans le contexte de la ligne de d\u00e9fense de Lahis. Il \u00e9tait avanc\u00e9 que le transfert des habitants du village conquis vers une base militaire arri\u00e8re \u00e9tait \u00ab <em>contraire \u00e0 l&rsquo;ordre<\/em> \u00bb donn\u00e9 \u00e0 Lahis par son commandant, \u00e0 savoir \u00ab<em> qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9cessaire de faire des prisonniers et qu&rsquo;il fallait \u00e9liminer l&rsquo;ennemi de tout le territoire<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;officier des op\u00e9rations Ben-David, de la brigade Carmeli, a t\u00e9moign\u00e9 lors du proc\u00e8s de Lahis que l&rsquo;ordre \u00e0 ce sujet avait \u00e9t\u00e9 transmis oralement aux troupes et qu&rsquo;il contenait un message sans \u00e9quivoque : \u00ab <em>C&rsquo;\u00e9tait clair pour tout le monde <\/em>\u00bb, a-t-il d\u00e9clar\u00e9. \u00ab <em>Personne n&rsquo;a pos\u00e9 de questions sur ce que signifiait ne pas faire de prisonniers<\/em>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la guerre, a ajout\u00e9 Ben-David, les jeunes hommes arabes \u00ab <em>n&rsquo;\u00e9taient pas consid\u00e9r\u00e9s comme des civils<\/em> \u00bb et pouvaient \u00eatre tu\u00e9s. Le soldat Yitzhak Soroka a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 la cour lors du m\u00eame proc\u00e8s que les instructions \u00e9taient de tuer les hommes qui ne fuyaient pas leurs villages. Interrog\u00e9 sur l&rsquo;\u00e2ge des hommes en question, il a r\u00e9pondu qu&rsquo;\u00e0 une occasion, il avait re\u00e7u \u00ab <em>un ordre op\u00e9rationnel d\u00e9finissant l&rsquo;\u00e2ge<\/em> [comme \u00e9tant] <em>\u00e0 partir de 15 ans<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Un officier du renseignement nomm\u00e9 Yaakov D. (son nom est caviard\u00e9 dans les documents qui ont \u00e9t\u00e9 rendus publics) a \u00e9voqu\u00e9 le meurtre d&rsquo;Arabes qui avaient \u00e9t\u00e9 appr\u00e9hend\u00e9s dans leurs communaut\u00e9s : \u00ab <em>Cela ressort clairement et \u00e9videmment du cours suivi par les officiers du renseignement : quand il est dit de ne pas faire de prisonniers, cela ne signifie pas de les expulser, mais de les tuer<\/em> \u00bb, a expliqu\u00e9 Yaakov D., ajoutant que dans les cas o\u00f9 les troupes de combat faisaient des prisonniers, elles les tuaient par la suite. Il a not\u00e9 que les commandants avaient re\u00e7u l&rsquo;ordre de tuer tous ceux qui restaient sur place, ce qui s&rsquo;est produit \u00ab<em> dans plusieurs villages <\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les t\u00e9moins appel\u00e9s \u00e0 t\u00e9moigner ont souvent fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la question des conventions internationales. \u00ab <em>Nous connaissons les lois internationales <\/em>\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Ben-David. \u00ab <em>Mais je sais aussi que, \u00e0 plusieurs reprises, nous ne nous sommes pas comport\u00e9s conform\u00e9ment \u00e0 ces r\u00e8gles. Nous avons utilis\u00e9 des moyens ill\u00e9gaux <\/em>\u00bb, et cela a \u00e9t\u00e9 fait, a-t-il ajout\u00e9, avec le consentement du haut commandement et m\u00eame \u00e0 sa demande. Mordechai Maklef, par exemple, a d\u00e9clar\u00e9 que les soldats ne connaissaient pas bien la Convention de Gen\u00e8ve, tandis que le commandant de la 7e brigade, Yosef Eitan, a fait remarquer qu&rsquo;il \u00e9tait possible que les unit\u00e9s aient re\u00e7u des informations sur les \u00ab <em>r\u00e8gles de La Haye<\/em> [mais] <em>nous n&rsquo;y avons pas pr\u00eat\u00e9 une attention particuli\u00e8re <\/em>\u00bb. Carmi, de la 7e brigade, a d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab <em>nous ne nous sommes pas comport\u00e9s<\/em> [envers le prisonnier] <em>conform\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;accord de Gen\u00e8ve<\/em> \u00bb, et le commandant de la brigade, Cohen, a t\u00e9moign\u00e9 que m\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la force Haganah pr\u00e9-\u00e9tatique, des ordres avaient \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9s selon lesquels \u00ab <em>les Arabes non arm\u00e9s devaient \u00eatre tu\u00e9s<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Carmi a ajout\u00e9 que parfois, une directive \u00e9tait \u00e9mise afin de \u00ab <em>ne pas surcharger les services de renseignement <\/em>\u00bb, ce qui signifiait essentiellement autoriser le meurtre des personnes captur\u00e9es. De son point de vue, tout \u00ab <em>homme dot\u00e9 de mains et d&rsquo;une t\u00eate constituait un danger <\/em>\u00bb et le sort d&rsquo;une personne \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9 pour le meilleur ou pour le pire \u00ab <em>en fonction de son visage<\/em> \u00bb. Lorsque Carmi estimait que les Arabes qu&rsquo;il rencontrait \u00e9taient dangereux, il les tuait sur-le-champ.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/article_thumbnail\/files\/2026\/02\/27\/adam-08.png\" alt=\"Illustration 8\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Outre la liquidation des prisonniers, les documents examin\u00e9s ici attestent dans certains cas du meurtre de civils arabes qui tentaient de retourner dans leurs villages captur\u00e9s. On peut citer \u00e0 titre d&rsquo;exemple le proc\u00e8s-verbal d&rsquo;un proc\u00e8s de 1951 traitant de tels actes commis dans la ville arabe de Majdal (aujourd&rsquo;hui Ashkelon) en 1949. Les d\u00e9bats portaient sur les actions d&rsquo;une compagnie stationn\u00e9e dans cette ville afin d&#8217;emp\u00eacher le retour des habitants. Le tribunal a conclu que \u00ab <em>les soldats se sont parfois d\u00e9cha\u00een\u00e9s. Certains pensaient qu&rsquo;ils \u00e9taient libres de se comporter comme ils le souhaitaient envers les Arabes, en particulier les infiltr\u00e9s <\/em>\u00bb. Selon plusieurs t\u00e9moignages, que le tribunal a jug\u00e9s cr\u00e9dibles, le meurtre d&rsquo;Arabes \u00ab <em>\u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme <\/em><em>l<\/em><em>\u00e9gal&nbsp;<\/em><em>\u00bb<\/em> par les troupes \u2013 et le soldat qui avait commis le meurtre \u00e9tait m\u00eame per\u00e7u par ses camarades comme <em>\u00ab un bon camarade <\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le proc\u00e8s dans cette affaire portait sur un incident au cours duquel de jeunes Arabes avaient \u00ab<em> infiltr\u00e9<\/em> \u00bb Majdal afin de rendre visite \u00e0 leurs parents, qui faisaient partie des quelques centaines de personnes rest\u00e9es dans cette localit\u00e9 alors contr\u00f4l\u00e9e par Isra\u00ebl pendant un processus d&rsquo;expulsion progressive. Ils ont \u00e9t\u00e9 captur\u00e9s par des soldats, qui les ont ex\u00e9cut\u00e9s. \u00c0 titre exceptionnel, les parents ont t\u00e9moign\u00e9 au proc\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>Mon fils est venu de Gaza pour se rendre chez moi \u00e0 Majdal <\/em>\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 le p\u00e8re. \u00ab <em>Je lui ai dit qu&rsquo;apr\u00e8s la fin du couvre-feu, je le livrerais aux Juifs. <\/em>\u00bb Il a ensuite racont\u00e9 la d\u00e9couverte du corps de son fils. \u00ab <em>J&rsquo;ai vu des balles dans la poitrine de mon fils et trois ou quatre balles dans sa t\u00eate et son dos. Je me suis \u00e9vanoui et je suis tomb\u00e9. Il y avait des traces de coups.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>* <strong>\u2666<\/strong> *<\/p>\n\n\n\n<p>Les t\u00e9moignages cit\u00e9s dans ce rapport d&rsquo;enqu\u00eate ne sont pas isol\u00e9s. Au cours des quinze derni\u00e8res ann\u00e9es, une vague de publications a vu le jour sur l&rsquo;expulsion des Palestiniens en 1948, mais elles n&rsquo;ont pas donn\u00e9 lieu \u00e0 un r\u00e9cit coh\u00e9rent ni suscit\u00e9 de d\u00e9bat public. Certaines n&rsquo;ont m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 traduites en h\u00e9breu.<\/p>\n\n\n\n<p>Les informations en question proviennent de sources diverses : recherches isra\u00e9liennes (Alon Confino, Shay Hazkani) ; recherches palestiniennes (Saleh Abd al-Jawad, Adel Manna) ; fiction arabe (Elias Khoury, Salman Natour) ; reportages journalistiques (Hagar Shezaf (<a href=\"https:\/\/www.haaretz.com\/israel-news\/2019-07-05\/ty-article-magazine\/.premium\/how-israel-systematically-hides-evidence-of-1948-expulsion-of-arabs\/0000017f-f303-d487-abff-f3ff69de0000\">Hagar Shezaf<\/a> dans Haaretz) ; des ouvrages non romanesques (par exemple, \u00ab <em>My Promised Land<\/em> \u00bb d&rsquo;Ari Shavit <a href=\"https:\/\/www.haaretz.com\/life\/books\/2014-01-28\/ty-article\/.premium\/is-zionism-never-having-to-apologize\/0000017f-e0e3-d38f-a57f-e6f350cf0000\">\u00ab\u00a0<\/a><a href=\"https:\/\/www.haaretz.com\/life\/books\/2014-01-28\/ty-article\/.premium\/is-zionism-never-having-to-apologize\/0000017f-e0e3-d38f-a57f-e6f350cf0000\"><em>My Promised Land<\/em>,\u00a0\u00bb by Ari Shavit<\/a>) ; des films documentaires ( \u00ab<em> Remember, Remember Not<\/em> \u00bb de Neta Shoshani, \u00ab <em>Tantura <\/em>\u00bb d&rsquo;Alon Schwarz <a href=\"https:\/\/www.haaretz.com\/israel-news\/2025-09-06\/ty-article-magazine\/.highlight\/if-1948-was-a-war-of-independence-the-current-war-could-be-the-one-that-ends-israel\/00000199-15e0-d7a2-a9bf-15f9867b0000\">Neta Shoshani&rsquo;s \u00ab\u00a0<\/a><a href=\"https:\/\/www.haaretz.com\/israel-news\/2025-09-06\/ty-article-magazine\/.highlight\/if-1948-was-a-war-of-independence-the-current-war-could-be-the-one-that-ends-israel\/00000199-15e0-d7a2-a9bf-15f9867b0000\"><em>Remember, Remember Not<\/em>,\u00a0\u00bb<\/a> <a href=\"https:\/\/www.haaretz.com\/israel-news\/2022-01-20\/ty-article-magazine\/theres-a-mass-palestinian-grave-at-a-popular-israeli-beach-veterans-confess\/0000017f-f230-d223-a97f-fffdbd5b0000?fromLogin=success\">Alon Schwarz&rsquo;s \u00ab\u00a0T<\/a><a href=\"https:\/\/www.haaretz.com\/israel-news\/2022-01-20\/ty-article-magazine\/theres-a-mass-palestinian-grave-at-a-popular-israeli-beach-veterans-confess\/0000017f-f230-d223-a97f-fffdbd5b0000?fromLogin=success\"><em>antura<\/em>\u00ab\u00a0<\/a> et \u00ab <em>Agenda <\/em>Item: Erasure \u00bb d&rsquo;Einat Weizman) et les activit\u00e9s d&rsquo;organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile (les associations \u00e0 but non lucratif Zochrot et Akevot Institute).<\/p>\n\n\n\n<p>Le best-seller de Shavit, en anglais, qui a suscit\u00e9 de nombreuses discussions aux \u00c9tats-Unis mais n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 traduit en h\u00e9breu, raconte en d\u00e9tail la conqu\u00eate des Arabes de Lod en 1948, sur la base de nombreux entretiens avec des officiers et des soldats. L&rsquo;auteur raconte comment la ville a \u00e9t\u00e9 rapidement prise, apr\u00e8s quoi des milliers d&rsquo;habitants ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s dans deux mosqu\u00e9es et une \u00e9glise. Le lendemain, deux v\u00e9hicules blind\u00e9s jordaniens sont entr\u00e9s par erreur dans la ville et ont d\u00e9clench\u00e9 une nouvelle vague de violence, car les habitants ont pens\u00e9, \u00e0 tort, qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une force auxiliaire arabe venue les lib\u00e9rer. L&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne a r\u00e9agi en tirant dans toutes les directions et a lanc\u00e9 un obus antichar Fiat sur l&rsquo;une des mosqu\u00e9es o\u00f9 les Arabes avaient \u00e9t\u00e9 concentr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Shavit, citant les aveux du soldat qui a tir\u00e9 le projectile, \u00e9crit qu&rsquo;en 30 minutes, 200 civils ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, ajoutant qu&rsquo;apr\u00e8s la fin des tirs, Ben Gourion a ordonn\u00e9 \u00e0 Yigal Allon, commandant du Palmach (l&rsquo;unit\u00e9 commando de la Haganah), d&rsquo;expulser les habitants. Shavit cite un ordre \u00e9crit qu&rsquo;un autre commandant du Palmach, Yitzhak Rabin \u2013 qui a particip\u00e9 \u00e0 la conqu\u00eate de Lod dans le cadre de l&rsquo;op\u00e9ration Dani \u2013 a envoy\u00e9 \u00e0 la brigade Yiftah et qui a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9 peu apr\u00e8s : \u00ab <em>Les habitants de Lydda<\/em> [Lod] <em>doivent \u00eatre expuls\u00e9s rapidement, sans distinction d&rsquo;\u00e2ge.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00eame attaque antichar Fiat est \u00e9galement mentionn\u00e9e dans des documents li\u00e9s au proc\u00e8s Lahis, qui sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s ici. Selon Carmi, le commandant du bataillon, \u00ab <em>\u00c0 Lod, des centaines d&rsquo;Arabes ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s dans une mosqu\u00e9e et des Fiat ont tir\u00e9 dessus<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/article_thumbnail\/files\/2026\/02\/27\/adam-09-1.png\" alt=\"Illustration 9\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Comment expulser un village ? Vous coupez l&rsquo;oreille d&rsquo;un des Arabes sous les yeux de tous, et ils s&rsquo;enfuient tous. Dans la pratique, aucun village n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9 sans poignarder quelqu&rsquo;un dans le ventre ou sans recourir \u00e0 des m\u00e9thodes similaires.<br><\/strong>Maxim Cohen, commandant de la brigade Carmeli<\/p>\n\n\n\n<p>Le film de Shoshani aborde \u00e9galement les \u00e9v\u00e9nements survenus \u00e0 Lod, en citant un journal commun tenu par les soldats Yiftah : \u00ab <em>Apr\u00e8s le petit-d\u00e9jeuner, deux v\u00e9hicules blind\u00e9s ennemis sont soudainement apparus et ont commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;approcher. Des canons de fusils ont imm\u00e9diatement surgi de toutes les fen\u00eatres. R\u00e9bellion. Nous avons vaincu l&rsquo;ennemi, mais environ 15 bless\u00e9s et trois morts suppl\u00e9mentaires ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9s<\/em> [au bilan].<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Les gars bouillonnaient de rage ; ils \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 tuer sur-le-champ. L&rsquo;ordre a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de proc\u00e9der \u00e0 un nettoyage en profondeur, et c&rsquo;est effectivement ce qui a \u00e9t\u00e9 fait. Une odeur naus\u00e9abonde s&rsquo;est r\u00e9pandue et a envahi chaque recoin. Le reste de la journ\u00e9e s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9 dans un calme relatif, mis \u00e0 part les moments de joie que nous avons connus. <\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le film, Shoshani livre \u00e9galement un t\u00e9moignage sinistre qui apporte un \u00e9clairage suppl\u00e9mentaire sur l&rsquo;un des \u00e9v\u00e9nements les plus tragiques de la guerre : le massacre d&rsquo;octobre 1948 \u00e0 Dawayima, dans la r\u00e9gion de Lachish, au nord du N\u00e9guev. Ce t\u00e9moignage, qui avait attir\u00e9 l&rsquo;attention des historiens dans le pass\u00e9, avait \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9 secret dans les archives du personnel du Malmab, mais a finalement \u00e9t\u00e9 rendu public gr\u00e2ce \u00e0 la pression exerc\u00e9e par l&rsquo;Institut Akevot. Il est mentionn\u00e9 dans une lettre \u00e9crite par un membre du Mapam nomm\u00e9 S. Kaplan \u00e0 Eliezer Peri, r\u00e9dacteur en chef du journal du parti, <em>Al Hamishmar<\/em>, et pr\u00e9sente le t\u00e9moignage oculaire d&rsquo;un soldat nomm\u00e9 Meir Efron : \u00ab <em>Le soldat, l&rsquo;un des n\u00f4tres, est un intellectuel, fiable \u00e0 100 %. Il est arriv\u00e9 dans le village imm\u00e9diatement apr\u00e8s la conqu\u00eate. Il n&rsquo;y a pas eu de combat ni de r\u00e9sistance. Les premiers conqu\u00e9rants ont tu\u00e9 entre 80 et 100 Arabes<\/em> [de sexe masculin], f<em>emmes et enfants.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un commandant a ordonn\u00e9 au sapeur de mettre deux vieilles femmes arabes dans une certaine maison et de la faire exploser avec elles \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Un autre soldat s&rsquo;est vant\u00e9 d&rsquo;avoir viol\u00e9 une femme arabe puis de l&rsquo;avoir abattue. Une femme qui tenait un nouveau-n\u00e9 travaillait comme femme de m\u00e9nage. Elle a travaill\u00e9 pendant un jour ou deux, puis ils l&rsquo;ont abattue avec son b\u00e9b\u00e9.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/article_thumbnail\/files\/2026\/02\/27\/adam-010.png\" alt=\"Illustration 10\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Le documentaire \u00ab <em>Tantura<\/em> \u00bb d&rsquo;Alon Schwarz a apport\u00e9 des informations pr\u00e9cieuses sur le massacre perp\u00e9tr\u00e9 en mai 1948 dans ce village situ\u00e9 sur la c\u00f4te au nord de Zichron Yaakov, notamment plusieurs t\u00e9moignages de premi\u00e8re main. \u00ab <em>Je n&rsquo;en ai parl\u00e9 \u00e0 personne<\/em> \u00bb, d\u00e9clare un v\u00e9t\u00e9ran de la brigade Alexandroni. \u00ab<em> Qu&rsquo;aurais-je pu dire, que j&rsquo;\u00e9tais un meurtrier ?<\/em> \u00bb Selon un autre t\u00e9moignage, \u00ab<em> un<\/em> [soldat] <em>les a emmen\u00e9s et les a assassin\u00e9s dans les enclos. Ils se sont d\u00e9cha\u00een\u00e9s \u00e0 Tantura, c&rsquo;\u00e9tait horrible <\/em>\u00bb. Un troisi\u00e8me t\u00e9moin se souvient : \u00ab<em> Beaucoup ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s. Je les ai enterr\u00e9s<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que les cin\u00e9astes juifs se concentraient sur la Nakba dans leurs documentaires, les \u00e9crivains arabes ont choisi de publier les m\u00e9moires des survivants dans un cadre fictionnel. Ce format, sans preuves corroborantes ni notes de bas de page, a permis aux historiens isra\u00e9liens de rejeter ces t\u00e9moignages brutaux et de les juger peu fiables. Dans un livre publi\u00e9 il y a dix ans, \u00ab <em>Memory Talked to Me and Walked Away <\/em>\u00bb, Salman Natour d\u00e9crit une ex\u00e9cution d&rsquo;une mani\u00e8re presque identique \u00e0 la description contenue dans les documents qui ont servi de base \u00e0 cet article.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici une sc\u00e8ne tir\u00e9e du livre qui d\u00e9crit l&rsquo;invasion d&rsquo;un village arabe par des soldats de l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne : \u00ab <em>Levez les mains !&nbsp;<\/em>\u00bb Ils ont lev\u00e9 les mains. \u00ab&nbsp;<em>\u00c0 genoux ! <\/em>\u00bb Ils se sont agenouill\u00e9s sur le sol. \u00ab <em>Debout !<\/em> \u00bb Ils se sont lev\u00e9s. \u00ab <em>Rendez vos armes ! <\/em>\u00bb Ils n&rsquo;avaient pas d&rsquo;armes. \u00ab <em>Vous, vous, vous et vous. Venez avec moi.<\/em> \u00bb Quatre jeunes hommes, \u00e2g\u00e9s de moins de 30 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a ordonn\u00e9 \u00e0 un soldat de les emmener et de s&rsquo;\u00e9loigner. Il s&rsquo;est \u00e9loign\u00e9 avec les quatre \u00e0 une distance de 50 m\u00e8tres. \u00ab <em>Levez les mains. Dos au mur.<\/em> \u00bb Il a recul\u00e9 de quelques m\u00e8tres et a appuy\u00e9 sur la g\u00e2chette. Il a entendu des chuchotements : \u00ab <em>Taisez-vous. Taisez-vous, bande d&rsquo;\u00e2nes<\/em><em>.<\/em> \u00bb Boum. Boum. Boum. Boum.<em> \u00ab&nbsp;<\/em><em>En quelques secondes, les corps gisaient devant nos yeux.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et voici, presque comme un reflet, le t\u00e9moignage d&rsquo;un soldat sur le massacre de Hula, tir\u00e9 du proc\u00e8s Lahis : \u00ab <em>Le lieutenant Shmuel Lahis m&rsquo;a demand\u00e9 de lui amener 15 habitants arabes. Il a choisi les plus jeunes. Il m&rsquo;a dit de les emmener dans une maison isol\u00e9e du village. Le commandant de la compagnie \u00e9tait arm\u00e9. Il avait un pistolet et un pistolet-mitrailleur Sten. J&rsquo;avais un fusil<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>Quand nous sommes arriv\u00e9s, le commandant de la compagnie leur a dit, par mon interm\u00e9diaire, de se tourner vers le mur. Ils se sont tourn\u00e9s vers le mur. Puis le premier lieutenant Lahis m&rsquo;a demand\u00e9 de leur demander o\u00f9 se trouvaient les armes. Ils ont r\u00e9pondu qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas d&rsquo;armes. Apr\u00e8s cela, Lahis a commenc\u00e9 \u00e0 leur tirer dessus avec le Sten. Il leur a tir\u00e9 dessus \u00e0 plusieurs reprises, et les Arabes ont suppli\u00e9 et cri\u00e9, puis sont tomb\u00e9s. Les cris et les supplications n&rsquo;ont influenc\u00e9 personne.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Lahis lui-m\u00eame a d\u00e9clar\u00e9 au tribunal que le commandant du bataillon, Avraham Peled, avait affirm\u00e9 que la compagnie \u00ab <em>allait se venger au nom de ses camarades <\/em>\u00bb. Lahis s&rsquo;est alors tourn\u00e9 vers le soldat Ephraim Huberman et lui a dit : \u00ab <em>Si tu veux te venger, il en reste encore quatre en vie, prends-les et venge-toi.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Un livre de l&rsquo;historien Shay Hazkani (\u00ab <em>Dear Palestine: A Social History of the 1948 War<\/em> \u00bb, Stanford University Press ; 2021) cite une lettre \u00e9crite par une femme soldat qui a visit\u00e9 la Galil\u00e9e, qui \u00e9claire le motif de la vengeance. \u00ab <em>Je pense qu&rsquo;une telle occupation est l&rsquo;\u0153uvre du diable<\/em> \u00bb, a-t-elle \u00e9crit. \u00ab <em>Les cadavres s&#8217;empilaient jusqu&rsquo;aux genoux.<\/em> \u00bb Elle a vu des soldats se comporter \u00ab <em>avec une brutalit\u00e9 effroyable <\/em>\u00bb, mais elle les comprenait en raison de ce qu&rsquo;ils avaient endur\u00e9. \u00ab <em>Les premiers gar\u00e7ons de Galil\u00e9e&#8230; eux aussi devraient avoir le droit de se d\u00e9cha\u00eener et de tuer comme \u00e7a, par vengeance et par plaisir. <\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>* <strong>\u2666<\/strong> *<\/p>\n\n\n\n<p>Les lecteurs h\u00e9bra\u00efques qui s&rsquo;int\u00e9ressent aux annales de la guerre peuvent consulter les ouvrages d&rsquo;historiens et de documentaristes isra\u00e9liens. Mais qu&rsquo;en est-il du c\u00f4t\u00e9 palestinien ? Pendant de nombreuses ann\u00e9es, les chercheurs palestiniens et autres chroniqueurs ne se sont pas attach\u00e9s \u00e0 recueillir des t\u00e9moignages et \u00e0 aborder les horreurs des \u00e9v\u00e9nements li\u00e9s \u00e0 la guerre de 1948.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait plusieurs raisons \u00e0 cela : le simple d\u00e9sir de survivre apr\u00e8s l&rsquo;expulsion brutale et massive ; les efforts redoubl\u00e9s pour promouvoir la lutte nationale ; la honte ; la crainte de repr\u00e9sailles isra\u00e9liennes contre ceux qui parlaient ; et la dispersion du peuple palestinien \u00e0 travers le monde, du Moyen-Orient au Chili. Cependant, dans les d\u00e9cennies qui ont suivi la Nakba, certains ont recueilli les t\u00e9moignages des survivants.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2017, Adel Manna, historien palestinien et citoyen isra\u00e9lien, a publi\u00e9 une \u00e9tude intitul\u00e9e \u00ab <em>Nakba et survie <\/em>: <em>l&rsquo;histoire des Palestiniens qui sont rest\u00e9s \u00e0 Ha\u00effa et en Galil\u00e9e, 1948-1956<\/em> \u00bb (en h\u00e9breu). Il y affirme que \u00ab <em>les massacres de l&rsquo;op\u00e9ration Hiram ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s <\/em><em>\u201c<\/em><em>par le haut<\/em><em>\u201d<\/em><em> et visaient \u00e0 provoquer la fuite <\/em>\u00bb. L&rsquo;historien Morris a critiqu\u00e9 cet ouvrage, affirmant que \u00ab <em>Manna n&rsquo;a aucune preuve corroborante qui relie ces \u00e9v\u00e9nements<\/em> \u00bb. Mais les preuves qui continuent d&rsquo;appara\u00eetre montrent que Manna a raison : l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne a perp\u00e9tr\u00e9 des massacres et des meurtres afin de pousser les Arabes \u00e0 fuir. Comme l&rsquo;a t\u00e9moign\u00e9 Mordechai Maklef : \u00ab <em>Il fallait un \u00e9l\u00e9ment de terreur initiale pour qu&rsquo;ils partent <\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais quelle a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;ampleur de ce bain de sang ? Morris a recens\u00e9 24 massacres. L&rsquo;auteur de ces lignes a d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9 dans ces pages qu&rsquo;il y en a eu plusieurs dizaines. Aujourd&rsquo;hui, il semble que m\u00eame ce chiffre soit prudent. Dans ce contexte, l&rsquo;une des \u00e9tudes les plus impressionnantes sur la Nakba a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e par un groupe de chercheurs de l&rsquo;universit\u00e9 de Bir Zeit en Cisjordanie, sous l&rsquo;\u00e9gide de l&rsquo;historien palestinien Salah Abd al-Jawad.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/article_thumbnail\/files\/2026\/02\/27\/adam-011.png\" alt=\"Illustration 11\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Son travail exhaustif s&rsquo;appuie sur 300 entretiens approfondis men\u00e9s aupr\u00e8s de survivants \u00e0 partir de la fin des ann\u00e9es 1990. Les chercheurs ont m\u00eame d\u00e9cid\u00e9 que les t\u00e9moins devaient \u00eatre interrog\u00e9s sous serment. Les t\u00e9moignages ont ensuite \u00e9t\u00e9 recoup\u00e9s entre eux et avec divers documents.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un premier temps, al-Jawad a conclu que plus de 70 massacres avaient \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9s entre 1947 et 1949. Cependant, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, dans une \u00e9tude compl\u00e9mentaire bas\u00e9e sur diverses sources et un ensemble suppl\u00e9mentaire de t\u00e9moignages oraux, al-Jawad a d\u00e9couvert qu&rsquo;au moins 100 massacres avaient eu lieu. En d&rsquo;autres termes, des civils ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s dans un village sur cinq captur\u00e9 par l&rsquo;arm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Les massacres peuvent \u00eatre class\u00e9s en cinq types : tueries g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es (Dawayima) ; les tueries aveugles pendant la conqu\u00eate (Be&rsquo;er Sheva) ; les tueries motiv\u00e9es par un d\u00e9sir de vengeance d\u00e9clench\u00e9 par la mort de soldats (Balad ash-Sheikh) ; l&rsquo;ex\u00e9cution s\u00e9lective d&rsquo;un groupe d&rsquo;hommes non combattants par un peloton d&rsquo;ex\u00e9cution (Majd al-Kurum) ; l&rsquo;ex\u00e9cution de tous les prisonniers masculins (Hula) ; et le meurtre de civils qui tentaient de rentrer chez eux (Majdal).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Si un \u00ab Arabe \u00e9tranger \u00bb \u00e9tait trouv\u00e9 dans un village, selon les directives de Broshi, il devait \u00eatre abattu imm\u00e9diatement. En g\u00e9n\u00e9ral, la r\u00e8gle \u00e9tait d&rsquo;abattre \u00ab un homme sur dix \u00bb dans un village captur\u00e9 o\u00f9 des \u00e9trangers \u00e9taient trouv\u00e9s. De plus, tous les hommes d&rsquo;un foyer dans lequel des biens vol\u00e9s \u00e0 des Juifs \u00e9taient trouv\u00e9s devaient \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9s.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les recherches r\u00e9centes permettent de recenser un grand nombre de massacres avec un haut degr\u00e9 de certitude. En voici une liste partielle : Les trois \u00e9v\u00e9nements les plus graves, c&rsquo;est-\u00e0-dire ceux qui ont caus\u00e9 la mort d&rsquo;au moins 100 civils, ont eu lieu \u00e0 Deir Yassin, Dawayima et Lod. Six massacres ont fait entre 50 et 100 victimes : \u00e0 Jish, sur les pentes du mont Miron, \u00e0 Safsaf et Ein Zeitun, pr\u00e8s de Safed, \u00e0 Salha, \u00e0 la fronti\u00e8re libanaise, \u00e0 Abu Shusha, pr\u00e8s de Ramle, et dans le village de Bureir, au nord de Gaza.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs dizaines de civils ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s \u00e0 Tantura, Be&rsquo;er Sheva, Kafr Inan dans la r\u00e9gion de Safed, Tira dans la r\u00e9gion de Ha\u00effa et Hula \u00e0 la fronti\u00e8re libanaise. On d\u00e9nombre environ 20 victimes \u00e0 Ilaboun \u00e0 l&rsquo;ouest du lac Kinneret, \u00e0 Nasir al-Din pr\u00e8s de Tib\u00e9riade, \u00e0 Sabbarin pr\u00e8s de Ha\u00effa, \u00e0 Al-Bassa au nord d&rsquo;Acre et dans une communaut\u00e9 b\u00e9douine au sud d&rsquo;Acre. D&rsquo;autres massacres notables ont eu lieu \u00e0 Majd al-Kurum, \u00e0 Kfar Sava, \u00e0 Rehovot (dans le village de Zarnuga), au sud de Nahariya et pr\u00e8s de plusieurs kibboutzim : Kabri, Negba et Kfar Menahem.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2021, une s\u00e9lection de t\u00e9moignages compil\u00e9s par l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;al-Jawad, qui concordent avec ceux recueillis du c\u00f4t\u00e9 isra\u00e9lien, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e sous forme de livre sous le titre \u00ab <em>Voices of the Nakba: A Living History of Palestine <\/em>\u00bb (Pluto Press). Sur la base de ces t\u00e9moignages poignants, l&rsquo;auteur a discern\u00e9 un sch\u00e9ma r\u00e9current en quatre \u00e9tapes lors des conqu\u00eates de cette \u00e9poque : encerclement des villages depuis trois directions tout en les terrorisant par des tirs et des bombardements ; autorisation de fuite de certains habitants vers les pays voisins ; assassinat des habitants qui ne partaient pas, en particulier les hommes \u00e2g\u00e9s de 15 \u00e0 50 ans ; et destruction et incendie des b\u00e2timents, souvent avec des personnes encore \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 aussi un h\u00e9ritage de la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>* \u2666 *<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e8s de huit d\u00e9cennies se sont \u00e9coul\u00e9es depuis ces \u00e9v\u00e9nements sanglants, mais en Isra\u00ebl, un foss\u00e9 profond s\u00e9pare encore la m\u00e9moire et l&rsquo;image de soi de la r\u00e9alit\u00e9. Les crimes commis en 1948 sont dissimul\u00e9s et refoul\u00e9s, recouverts par une culture du silence. Dans une large mesure, la reconnaissance des crimes du pass\u00e9 et du d\u00e9ni qui les accompagne g\u00e9n\u00e9ralement est essentielle pour accepter le pr\u00e9sent d&rsquo;Isra\u00ebl. Une soci\u00e9t\u00e9 qui, depuis des g\u00e9n\u00e9rations, refoule les massacres, les meurtres et les expulsions qu&rsquo;elle a perp\u00e9tr\u00e9s, trouve plus facile de fermer les yeux sur ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 dans la bande de Gaza au cours des deux derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette m\u00e9moire collective d\u00e9fectueuse n&rsquo;est pas le fruit du hasard, et la responsabilit\u00e9 de l&rsquo;avoir inculqu\u00e9e n&rsquo;incombe pas uniquement aux manuels scolaires. Elle rel\u00e8ve de tout un syst\u00e8me : politique, judiciaire, m\u00e9diatique. Le monde universitaire isra\u00e9lien a \u00e9galement collabor\u00e9 \u00e0 la politique de dissimulation et de d\u00e9ni, que ce soit par identification, par paresse ou par apathie.<\/p>\n\n\n\n<p>Et comme \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, aujourd&rsquo;hui encore, des \u00ab <em>non-combattants <\/em>\u00bb sont tu\u00e9s, des crimes sont dissimul\u00e9s et les responsables ne sont pas traduits en justice. Cela a toujours \u00e9t\u00e9 ainsi. Isra\u00ebl a caus\u00e9 la mort d&rsquo;environ 100 000 Palestiniens dans la bande de Gaza apr\u00e8s le 7 octobre, mais aucun soldat n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de meurtre ou d&rsquo;homicide involontaire. \u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 nous \u00e9crivons ces lignes, un soldat a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 pour pillage.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9ni des crimes de 1948 a aliment\u00e9 des d\u00e9cennies de conflit. Que nous apportera le d\u00e9ni des crimes commis \u00e0 Gaza.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.haaretz.com\/israel-news\/israel-security\/2026-02-27\/ty-article-magazine\/.highlight\/terror-was-needed-to-make-arabs-leave-what-israels-army-did-in-48-revealed\/0000019c-9a4b-d930-ad9f-feffd8c80000\"><strong>Adam Raz<\/strong>, <em>Haaretz<\/em>, vendredi 27 f\u00e9vrier 2026 <\/a>(Traduction DeepL)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jet\u00e9es \u00e0 la poubelle -\u00abConduite \u00e0 tenir dans les villages captur\u00e9s\u00bb-, exceptionnellement d\u00e9classifi\u00e9es, les archives de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance prouvent que l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne a expuls\u00e9 les Arabes dans un \u201cbain de sang\u201d. Adam Raz d\u00e9voile pour la premi\u00e8re fois t\u00e9moignages et directives; 95% restent classifi\u00e9s ou dissimul\u00e9s! Il se demande: \u00abQue nous apportera le d\u00e9ni [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":380,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[51,27,4,56,6],"tags":[],"class_list":["post-379","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-crime-de-guerre","category-droit-international","category-israel","category-nakba","category-palestine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.palestine45.fr\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/379","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.palestine45.fr\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.palestine45.fr\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.palestine45.fr\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.palestine45.fr\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=379"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.palestine45.fr\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/379\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":381,"href":"https:\/\/www.palestine45.fr\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/379\/revisions\/381"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.palestine45.fr\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/380"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.palestine45.fr\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=379"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.palestine45.fr\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=379"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.palestine45.fr\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=379"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}