{"id":67,"date":"2025-12-31T10:48:10","date_gmt":"2025-12-31T10:48:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.palestine45.fr\/wordpress\/?p=67"},"modified":"2025-12-31T10:49:17","modified_gmt":"2025-12-31T10:49:17","slug":"palestine-strategie-quand-lhorizon-efface-le-chemin-reponse-a-revolution-permanente","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.palestine45.fr\/wordpress\/?p=67","title":{"rendered":"Palestine (Strat\u00e9gie): quand l\u2019horizon efface le chemin \u2013 R\u00e9ponse \u00e0 R\u00e9volution Permanente"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Palestine : penser la strat\u00e9gie, au-del\u00e0 des \u00e9vidences militantes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La Palestine n\u2019est pas seulement le nom d\u2019une injustice historique ni celui d\u2019une r\u00e9sistance qui force l\u2019admiration. Elle est aussi, depuis plusieurs d\u00e9cennies, le lieu d\u2019un probl\u00e8me politique non r\u00e9solu : celui de la strat\u00e9gie de lib\u00e9ration. La persistance de l\u2019occupation, la fragmentation territoriale, la division institutionnelle palestinienne et l\u2019isolement r\u00e9gional ne peuvent \u00eatre expliqu\u00e9s uniquement par la violence et la puissance de l\u2019ennemi. Ils obligent \u00e0 interroger la mani\u00e8re dont la lutte elle-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e, organis\u00e9e et orient\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ce contexte qu\u2019a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 r\u00e9cemment, sur le site de&nbsp;<em>R\u00e9volution Permanente<\/em>, un article intitul\u00e9&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.revolutionpermanente.fr\/Palestine-quelle-strategie-pour-la-liberation\">Palestine : quelle strat\u00e9gie pour la lib\u00e9ration ?<\/a>&nbsp;\u00bb<\/em>. Le texte a le m\u00e9rite de poser frontalement une question trop souvent \u00e9vacu\u00e9e \u00e0 gauche. Il identifie avec justesse plusieurs impasses r\u00e9elles : la faillite d\u2019Oslo, la subordination aux r\u00e9gimes arabes, l\u2019\u00e9puisement de certaines formes de lutte et la n\u00e9cessit\u00e9 de rompre avec toute illusion institutionnelle. Mais en pr\u00e9tendant tirer de ces constats une orientation strat\u00e9gique, l\u2019article tend \u00e0 substituer \u00e0 l\u2019analyse concr\u00e8te des rapports de forces une s\u00e9rie d\u2019affirmations de principe : ind\u00e9pendance de classe \u00e9nonc\u00e9e abstraitement, appel \u00e0 une r\u00e9volution r\u00e9gionale con\u00e7ue comme horizon g\u00e9n\u00e9ral, et disqualification implicite des formes existantes de r\u00e9sistance palestinienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me n\u2019est pas ici l\u2019exc\u00e8s de radicalit\u00e9, mais plut\u00f4t l\u2019orientation parfois sch\u00e9matiquement gauchiste du texte : la confusion entre la justesse d\u2019un principe et la construction d\u2019une strat\u00e9gie ; le refus de penser les m\u00e9diations, les fronts, les phases et les contradictions internes d\u2019une lutte r\u00e9elle ; la tentation de se placer en surplomb du mouvement existant plut\u00f4t que de travailler en son sein. Une telle posture peut sembler intransigeante ; elle laisse pourtant intacte la question d\u00e9cisive : comment une lutte de lib\u00e9ration devient-elle une force capable de vaincre, et pas seulement de durer ou de t\u00e9moigner ?<\/p>\n\n\n\n<p>Cette difficult\u00e9 appara\u00eet de mani\u00e8re particuli\u00e8rement nette dans le traitement des formes populaires de r\u00e9sistance, notamment islamo-nationalistes. Plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre analys\u00e9es comme des faits sociaux et politiques historiquement produits \u2014 enracin\u00e9s dans des transformations de classe, des d\u00e9faites accumul\u00e9es et une situation coloniale sp\u00e9cifique \u2014 elles tendent \u00e0 \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es comme des impasses strat\u00e9giques en soi. Or, une analyse mat\u00e9rialiste ne commence pas par disqualifier les formes existantes de mobilisation ; elle cherche \u00e0 comprendre leur fonction, leurs contradictions et les conditions dans lesquelles une lutte pour l\u2019h\u00e9g\u00e9monie peut s\u2019y d\u00e9ployer.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce texte ne se propose donc ni de d\u00e9fendre les orientations dominantes du mouvement palestinien, ni de condamner id\u00e9ologiquement ses formes de r\u00e9sistance. Il part d\u2019un autre point de vue : r\u00e9introduire la question strat\u00e9gique sur des bases mat\u00e9rialistes, en s\u2019appuyant sur les d\u00e9bats du marxisme arabe r\u00e9volutionnaire, sur l\u2019histoire concr\u00e8te des mouvements palestiniens et sur les discussions strat\u00e9giques qui traversent le monde arabe depuis des d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e8se d\u00e9fendue est simple : la lib\u00e9ration de la Palestine ne viendra ni de la gestion institutionnelle de l\u2019occupation, ni de la c\u00e9l\u00e9bration abstraite de la r\u00e9sistance, ni de l\u2019affirmation incantatoire de principes justes. Elle suppose une strat\u00e9gie de longue dur\u00e9e, capable d\u2019articuler lutte nationale et lutte sociale, unit\u00e9 populaire et ind\u00e9pendance politique, r\u00e9sistance arm\u00e9e et organisation des masses, horizon r\u00e9gional et construction patiente de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie. C\u2019est \u00e0 cette condition seulement que l\u2019ind\u00e9pendance de classe cesse d\u2019\u00eatre un slogan pour devenir une force mat\u00e9rielle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>I. Un diagnostic souvent juste\u2026 mais une strat\u00e9gie qui s\u2019\u00e9vapore<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>1) Ce que l\u2019article de&nbsp;<em>R\u00e9volution Permanente<\/em>&nbsp;voit correctement (et qu\u2019il faut conserver)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Commen\u00e7ons par rendre \u00e0 l\u2019article de&nbsp;<em>R\u00e9volution Permanente<\/em>&nbsp;ce qu\u2019il a de plus utile : il prend au s\u00e9rieux la question strat\u00e9gique, au lieu de se contenter d\u2019une indignation morale (m\u00eame l\u00e9gitime). Et, surtout, il prend appui sur des \u00e9l\u00e9ments mat\u00e9riels.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, son bilan du tournant du Fatah vers la logique du \u00ab mini-\u00c9tat \u00bb puis d\u2019Oslo est construit autour de la constitution d\u2019int\u00e9r\u00eats de classes : la direction nationale s\u2019arrime \u00e0 deux fractions bourgeoises (diaspora capitalis\u00e9e dans le Golfe, bourgeoisie locale arrim\u00e9e aux dispositifs coloniaux), et l\u2019\u00ab autonomie \u00bb devient un dispositif de pacification et d\u2019accumulation sous tutelle isra\u00e9lienne. Le texte insiste sur cette dimension \u00e9conomique et sociale (march\u00e9 captif, main-d\u2019\u0153uvre, interm\u00e9diaires), jusqu\u2019\u00e0 la transformation de l\u2019Autorit\u00e9 en police suppl\u00e9tive.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, l\u2019article a le m\u00e9rite d\u2019affronter sans euph\u00e9misme une vieille question : celle des limites historiques d\u2019une partie de la gauche palestinienne. RP vise en particulier l\u2019usage qu\u2019a fait le FPLP d\u2019une grammaire \u00ab tiers-mondiste\/mao\u00efsante \u00bb et de la \u00ab guerre populaire prolong\u00e9e \u00bb, en la reliant \u00e0 une logique de fronts nationaux o\u00f9 le prol\u00e9tariat sert d\u2019appoint, au lieu de constituer un p\u00f4le autonome. Que l\u2019on partage ou non la totalit\u00e9 de cette lecture, elle pointe un probl\u00e8me r\u00e9el : la difficult\u00e9 \u00e0 produire, durablement, une alternative h\u00e9g\u00e9monique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame du mouvement national.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, l\u2019article insiste sur une le\u00e7on dure, mais solide : le cadre r\u00e9gional n\u2019est pas un d\u00e9cor. Les r\u00e9gimes arabes peuvent \u00ab soutenir \u00bb, mais aussi utiliser, monnayer, \u00e9touffer \u2014 et l\u2019histoire palestinienne est travers\u00e9e par cette contradiction. Sur ce point, l\u2019article plaide pour que la lib\u00e9ration soit pens\u00e9e dans un horizon r\u00e9gional, et non comme une affaire strictement \u00ab palestinienne \u00bb d\u00e9croch\u00e9e des rapports de forces du Proche-Orient.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019ici, on a un ensemble de constats globalement robustes. Le probl\u00e8me commence au moment o\u00f9 l\u2019article veut transformer ce diagnostic en strat\u00e9gie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2) L\u00e0 o\u00f9 \u00e7a bascule : quand l\u2019ind\u00e9pendance de classe devient un substitut de strat\u00e9gie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 lire RP, on a parfois l\u2019impression qu\u2019il suffirait d\u2019identifier correctement les trahisons, les capitulations et les d\u00e9pendances, puis d\u2019affirmer trois ou quatre principes (ind\u00e9pendance de classe, rupture avec les r\u00e9gimes, horizon r\u00e9gional) pour \u00ab tenir \u00bb une strat\u00e9gie. Or c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le point o\u00f9, dans une tradition marxiste-l\u00e9niniste au sens non dogmatique du terme, on parle de gauchisme : non pas parce que les principes seraient faux, mais parce qu\u2019ils sont trait\u00e9s comme s\u2019ils dispensaient du travail le plus difficile \u2014 celui des m\u00e9diations.<\/p>\n\n\n\n<p>Une strat\u00e9gie n\u2019est pas une liste d\u2019ennemis, ni un v\u0153u pieux. Elle suppose au minimum : une d\u00e9finition de la lutte, une appr\u00e9ciation du rapport de forces, une th\u00e9orie op\u00e9ratoire (pas un vernis), et un programme politique, militaire et organisationnel. C\u2019est exactement ce que formulait Habash d\u00e8s 1969, dans un texte de combat : \u00ab Porter les armes ne suffit pas \u00bb, et sans analyse concr\u00e8te des forces, des alliances, de l\u2019ennemi, il n\u2019y a pas de programme r\u00e9volutionnaire digne de ce nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, dans l\u2019article de RP, on trouve bien une formule qui ressemble \u00e0 une conclusion strat\u00e9gique \u2014 la perspective d\u2019une r\u00e9volution r\u00e9gionale port\u00e9e par les masses \u2014 mais on cherche longtemps l\u2019architecture qui permettrait d\u2019y parvenir : quelles formes de front ? quelle articulation entre unit\u00e9 nationale et lutte d\u2019h\u00e9g\u00e9monie ? quelles institutions de lutte, quels cadres populaires, quelle doctrine de dur\u00e9e ? Sur ce point, la \u00ab r\u00e9volution r\u00e9gionale \u00bb fonctionne trop souvent comme un horizon qui remplace le chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me se voit encore mieux dans le traitement de la question nationale. RP critique \u00e0 juste titre les effets politiques d\u2019une collaboration de classe au sein du mouvement national. Mais il tend \u00e0 rabattre la lutte nationale sur la direction bourgeoise qui la capture, comme si la nation n\u2019\u00e9tait qu\u2019un \u00e9cran id\u00e9ologique. Or, dans une formation coloniale, la lutte de lib\u00e9ration nationale n\u2019est pas un suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me : elle est la forme historique concr\u00e8te que prend la lutte des classes elle-m\u00eame, parce que l\u2019ennemi central n\u2019est pas seulement \u00ab une bourgeoisie \u00bb, mais une structure coloniale qui organise l\u2019exploitation, l\u2019expropriation et la fragmentation. Mahdi Amel l\u2019exprime avec une nettet\u00e9 rare : en situation coloniale, \u00ab la r\u00e9volution socialiste est ins\u00e9parable de la lib\u00e9ration nationale \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dit autrement : critiquer les directions bourgeoises est n\u00e9cessaire, mais ce n\u2019est pas suffisant. La question strat\u00e9gique n\u2019est pas de \u00ab sortir \u00bb de la lutte nationale pour atteindre enfin la lutte de classe pure ; elle est de savoir comment construire, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du bloc national-populaire r\u00e9ellement existant, une force capable d\u2019en disputer l\u2019h\u00e9g\u00e9monie.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici qu\u2019une exp\u00e9rience historique comme celle retrac\u00e9e par Kazziha sur les trajectoires du mouvement nationaliste arabe est utile : les mouvements peuvent souffrir moins de \u00ab trop de d\u00e9centralisation \u00bb que de l\u2019abandon de leur ind\u00e9pendance organisationnelle \u2014 autrement dit, la question d\u00e9cisive n\u2019est pas d\u2019\u00e9noncer la bonne ligne, mais de tenir les formes d\u2019organisation qui permettent de ne pas \u00eatre absorb\u00e9, tout en restant en prise avec les masses.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, derni\u00e8re bascule \u2014 et elle est politique : RP s\u2019expose \u00e0 traiter les formes islamo-nationalistes surtout comme un probl\u00e8me \u00e0 contourner, l\u00e0 o\u00f9 une approche mat\u00e9rialiste devrait d\u2019abord les saisir comme des faits sociaux et politiques produits par l\u2019histoire palestinienne. Sans id\u00e9aliser qui que ce soit, les travaux de Dot-Pouillard, Alhaj et R\u00e9billard montrent par exemple que le Jihad islamique palestinien ne se laisse pas r\u00e9duire \u00e0 l\u2019imaginaire d\u2019un jihad transnational : il est d\u2019abord un acteur palestinien, radical contre Isra\u00ebl, mais recherchant aussi une certaine unit\u00e9 interne, avec des paradoxes qu\u2019une analyse strat\u00e9gique doit int\u00e9grer plut\u00f4t que balayer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le point n\u2019est pas de d\u00e9placer la critique vers une querelle d\u2019\u00e9tiquettes. Il est plus simple : une strat\u00e9gie de lib\u00e9ration ne peut pas commencer par excommunier les formes populaires existantes de la r\u00e9sistance ; elle doit comprendre comment elles tiennent, ce qu\u2019elles permettent, ce qu\u2019elles emp\u00eachent \u2014 et comment y construire un d\u00e9placement d\u2019h\u00e9g\u00e9monie.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on veut sortir de la posture (m\u00eame \u00ab&nbsp;juste&nbsp;\u00bb) pour entrer dans la strat\u00e9gie, il faut donc faire ce que RP r\u00e9clame sans le faire vraiment : formuler une m\u00e9thode de guerre politique au sens large \u2014 analyse, phases, fronts, instruments, h\u00e9g\u00e9monie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>II. Ce qu\u2019est une strat\u00e9gie mat\u00e9rialiste \u2014 et ce que RP ne construit pas<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La difficult\u00e9 de l\u2019article de&nbsp;<em>R\u00e9volution Permanente<\/em>&nbsp;tient moins \u00e0 ses prises de position qu\u2019\u00e0 une absence : il parle de strat\u00e9gie, mais il ne produit pas les outils qui permettent de passer du diagnostic \u00e0 une orientation op\u00e9ratoire. Or, dans une lutte de lib\u00e9ration, l\u2019\u00e9cart entre \u00ab dire vrai \u00bb et \u00ab \u00eatre strat\u00e9gique \u00bb est souvent celui qui s\u00e9pare une politique qui \u00e9claire d\u2019une politique qui gagne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1) Strat\u00e9gie : une grammaire exigeante, pas un horizon<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On peut d\u00e9finir minimalement la strat\u00e9gie comme l\u2019art d\u2019organiser une trajectoire de victoire \u00e0 partir d\u2019un rapport de forces donn\u00e9. Cela implique au moins quatre op\u00e9rations.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>a) Nommer la nature de la lutte.<\/strong><br>Une lutte n\u2019est pas seulement \u00ab juste \u00bb, elle est d\u00e9termin\u00e9e : ici, une situation coloniale (et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de colonisation de peuplement), o\u00f9 l\u2019adversaire ne cherche pas seulement \u00e0 dominer, mais \u00e0 remplacer, fragmenter, expulser, administrer et reconfigurer le territoire. Dire cela n\u2019est pas un slogan : c\u2019est ce qui conditionne toutes les questions suivantes (front, temporalit\u00e9s, institutions de lutte, formes de violence et de masse). RP \u00e9voque bien cette r\u00e9alit\u00e9, mais sans en tirer une doctrine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>b) \u00c9valuer les forces r\u00e9elles.<\/strong><br>Non pas \u00ab le peuple \u00bb en g\u00e9n\u00e9ral, mais les forces organis\u00e9es, leurs bases sociales, leurs ressources, leurs d\u00e9pendances, leurs fractures, leurs relais r\u00e9gionaux et internationaux. Habash insistait d\u00e9j\u00e0 sur ce point : une strat\u00e9gie commence par l\u2019appr\u00e9ciation des forces \u2014 les siennes, celles de l\u2019ennemi, celles des alli\u00e9s et des adversaires indirects \u2014 faute de quoi l\u2019action se r\u00e9duit \u00e0 la bravoure.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>c) D\u00e9finir des phases et des objectifs interm\u00e9diaires.<\/strong><br>Une strat\u00e9gie n\u2019est pas une proclamation (\u00ab r\u00e9volution r\u00e9gionale \u00bb) : c\u2019est une s\u00e9quence de t\u00e2ches, avec des crit\u00e8res de passage. Or, chez RP, l\u2019horizon r\u00e9gional tend \u00e0 fonctionner comme solution g\u00e9n\u00e9rale, sans articulation claire \u00e0 une progression de lutte, \u00e0 des institutions populaires, ni \u00e0 des formes de front.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>d) Produire des instruments : organisation, programme, doctrine.<\/strong><br>Sans programme politique et militaire, sans formes d\u2019organisation capables de tenir dans la dur\u00e9e, la lutte se condamne \u00e0 l\u2019improvisation. RP, lui, critique \u2014 souvent \u00e0 raison \u2014 mais il reste \u00e9tonnamment avare en doctrine positive.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2) Ind\u00e9pendance de classe : un principe n\u00e9cessaire, mais insuffisant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 o\u00f9 l\u2019article de RP s\u2019expose au gauchisme, c\u2019est lorsqu\u2019il traite l\u2019ind\u00e9pendance de classe comme si elle valait strat\u00e9gie. Le principe est juste : sans autonomie politique, l\u2019\u00e9nergie populaire est captur\u00e9e, convertie en monnaie diplomatique ou neutralis\u00e9e par des appareils. Mais il manque deux choses.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>a) L\u2019ind\u00e9pendance ne se d\u00e9cr\u00e8te pas : elle se construit dans des formes.<\/strong><br>Ce qui prot\u00e8ge l\u2019autonomie, ce ne sont pas d\u2019abord des d\u00e9clarations, mais des formes organisationnelles, des ancrages sociaux, des m\u00e9canismes de d\u00e9cision, des ressources propres, et une capacit\u00e9 \u00e0 ne pas \u00eatre absorb\u00e9 tout en restant dans le mouvement r\u00e9el. L\u2019histoire des recompositions autour de Habash et du mouvement national arabe, telle que l\u2019analyse Kazziha, montre bien que la question d\u00e9cisive n\u2019est pas seulement la \u00ab bonne ligne \u00bb, mais la capacit\u00e9 \u00e0 tenir une organisation qui ne devienne ni appendice d\u2019un r\u00e9gime, ni simple reflet d\u2019une fraction sociale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>b) Le probl\u00e8me n\u2019est pas \u00ab&nbsp;nation vs classe&nbsp;\u00bb, mais h\u00e9g\u00e9monie dans le bloc national-populaire.<\/strong><br>Dans une formation coloniale, la lutte nationale n\u2019est pas un d\u00e9cor id\u00e9ologique : elle est l\u2019espace concret o\u00f9 se joue la lutte pour la direction politique. Mahdi Amel est pr\u00e9cieux ici, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il refuse les raccourcis : la lib\u00e9ration nationale et la transformation sociale ne se succ\u00e8dent pas m\u00e9caniquement ; elles s\u2019impliquent, se tendent, se conditionnent.<br>Cela change la question : il ne s\u2019agit pas de sortir du national, mais d\u2019y mener une bataille d\u2019h\u00e9g\u00e9monie \u2014 donc de front, de programme, d\u2019organisation, et de dur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3) Front : l\u2019outil que RP laisse dans l\u2019ombre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une strat\u00e9gie mat\u00e9rialiste ne contourne pas la question du front. Elle la met au centre, parce que la lutte de lib\u00e9ration ne se m\u00e8ne jamais avec un peuple homog\u00e8ne et une direction id\u00e9ale.<\/p>\n\n\n\n<p>Un front n\u2019est ni une fusion, ni une pure cohabitation : c\u2019est une technique politique qui permet d\u2019unifier l\u2019action contre l\u2019ennemi principal tout en maintenant la lutte interne pour la direction. Autrement dit : unit\u00e9 dans l\u2019action, s\u00e9paration dans l\u2019organisation, clart\u00e9 dans le programme. RP insiste sur la rupture avec les directions capitulardes, mais il discute peu les modalit\u00e9s concr\u00e8tes par lesquelles une force r\u00e9volutionnaire travaille avec des forces non r\u00e9volutionnaires (ou non marxistes) sans se dissoudre \u2014 alors que c\u2019est souvent l\u00e0 que se joue la possibilit\u00e9 m\u00eame d\u2019une h\u00e9g\u00e9monie.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce point, l\u2019exp\u00e9rience palestinienne est un laboratoire cruel : l\u2019unit\u00e9 nationale peut \u00eatre une condition de survie, mais aussi une forme de neutralisation si elle se paie par le silence sur les contradictions sociales et les d\u00e9pendances. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pourquoi une politique de front exige une grammaire fine \u2014 et pas seulement des anath\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4) Islamo-nationalismes : ne pas excommunier, analyser \u2014 et agir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour rester mat\u00e9rialiste (et \u00e9viter toute pente anti-islamiste), il faut \u00eatre strict : on n\u2019analyse pas un courant par son vocabulaire religieux, mais par sa base sociale, ses fonctions politiques, ses contradictions et ses formes d\u2019encadrement populaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les travaux d\u2019Alhaj, Dot-Pouillard et R\u00e9billard sont utiles parce qu\u2019ils obligent \u00e0 sortir des clich\u00e9s : le MJIP, par exemple, ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une logique de jihad global ; il se pense d\u2019abord comme acteur palestinien, cherchant l\u2019unit\u00e9 nationale, combinant radicalit\u00e9 externe et pragmatisme interne dans certaines s\u00e9quences.<br>Cela ne fait pas de ces mouvements une direction \u00ab&nbsp;suffisante&nbsp;\u00bb pour une lib\u00e9ration. Mais cela impose une cons\u00e9quence strat\u00e9gique simple : on ne construit pas l\u2019h\u00e9g\u00e9monie en parlant&nbsp;<em>sur<\/em>&nbsp;les masses depuis l\u2019ext\u00e9rieur ; on la construit en intervenant&nbsp;<em>dans<\/em>&nbsp;les formes existantes de mobilisation, en y menant la bataille politique sans les diaboliser ni les id\u00e9aliser.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut donc formuler le c\u0153ur du d\u00e9saccord avec RP de mani\u00e8re nette : l\u2019article identifie des impasses, mais ne propose pas la m\u00e9canique strat\u00e9gique qui permettrait d\u2019en sortir. Or, cette m\u00e9canique commence toujours par une question concr\u00e8te : quel bloc populaire construire, avec quelles forces, sur quel programme, et par quelles institutions de lutte ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>III. Reposer la question nationale : non pas un \u00ab&nbsp;habillage&nbsp;\u00bb, mais le terrain r\u00e9el de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on veut sortir d\u2019une critique purement n\u00e9gative (pointer les trahisons, d\u00e9noncer les impasses), il faut reprendre la question nationale palestinienne au niveau o\u00f9 elle se joue r\u00e9ellement : non comme un discours que des \u00e9lites utiliseraient \u00e0 volont\u00e9, mais comme une forme historique de politisation populaire produite par la colonisation, l\u2019expulsion, la fragmentation du territoire, l\u2019exil et la gestion s\u00e9curitaire permanente. C\u2019est aussi, qu\u2019on le veuille ou non, le langage dans lequel se nouent \u2014 et se d\u00e9nouent \u2014 les alliances, les fronts, les unit\u00e9s et les guerres intestines.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article de&nbsp;<em>R\u00e9volution Permanente<\/em>&nbsp;a raison de rappeler que des directions bourgeoises ont souvent captur\u00e9 cette forme nationale pour la convertir en monnaie diplomatique ou en appareil de domination interne. Mais il incline \u00e0 traiter la nation comme un obstacle \u00e0 d\u00e9passer plut\u00f4t que comme un champ de bataille. Or, dans une situation coloniale, ce \u00ab&nbsp;champ&nbsp;\u00bb n\u2019est pas optionnel : c\u2019est l\u2019espace m\u00eame o\u00f9 se d\u00e9termine la possibilit\u00e9 d\u2019une politique r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1) La nation comme forme populaire : ce qu\u2019on rate quand on la r\u00e9duit au \u00ab&nbsp;nationalisme&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans une colonie de peuplement, l\u2019ennemi principal ne se contente pas d\u2019exploiter : il organise la d\u00e9possession, l\u2019enfermement, la s\u00e9paration, l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 programm\u00e9e, la fragmentation des corps et des espaces. Le fait national, ici, n\u2019est pas une simple \u00ab&nbsp;id\u00e9e&nbsp;\u00bb : il est une exp\u00e9rience sociale cumulative, une m\u00e9moire, une g\u00e9ographie, une administration de l\u2019humiliation, un r\u00e9gime de mobilit\u00e9 et d\u2019immobilit\u00e9. On ne \u00ab&nbsp;sort&nbsp;\u00bb pas de cette forme par la force du raisonnement ; on la travaille politiquement.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce point, la tradition marxiste arabe la plus rigoureuse est souvent plus pr\u00e9cieuse que les caricatures occidentales du \u00ab&nbsp;nationalisme&nbsp;\u00bb. Mahdi Amel insiste sur une id\u00e9e d\u00e9cisive : en condition coloniale, la lib\u00e9ration nationale n\u2019est pas un pr\u00e9lude moral \u00e0 autre chose, elle est une dimension constitutive du processus r\u00e9volutionnaire lui-m\u00eame \u2014 pr\u00e9cis\u00e9ment parce que l\u2019\u00c9tat colonial organise la formation sociale enti\u00e8re.<br>Cela ne signifie pas que toute politique nationale est \u00ab&nbsp;progressiste&nbsp;\u00bb, encore moins que toute direction nationale m\u00e9rite soutien. Cela signifie qu\u2019on ne comprend rien \u00e0 la dynamique des masses si l\u2019on traite la nation comme une simple superstructure interchangeable.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2) La vraie question : pas \u00ab&nbsp;nation ou classe&nbsp;\u00bb, mais qui dirige le bloc national-populaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une strat\u00e9gie mat\u00e9rialiste ne pose pas le probl\u00e8me en termes de purification :&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;sortir du national, enfin devenir de classe&nbsp;\u00bb<\/em>. Elle pose la question en termes d\u2019h\u00e9g\u00e9monie : quelle force sociale, quel programme, quelles institutions conduisent la lutte nationale \u2014 et \u00e0 quelles fins ?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici que l\u2019histoire des organisations arabes et palestiniennes sert d\u2019\u00e9cole. L\u2019articulation national\/social n\u2019est ni automatique ni paisible : elle se fait \u00e0 travers des crises d\u2019organisation, des d\u00e9bats de ligne, des d\u00e9pendances r\u00e9gionales, des tentatives de fusion, des scissions \u2014 bref, par un travail politique concret, pas par un sch\u00e9ma.<br>Ce que cette histoire enseigne, c\u2019est que l\u2019alternative n\u2019est jamais \u00ab&nbsp;national pur&nbsp;\u00bb contre \u00ab&nbsp;social pur&nbsp;\u00bb. L\u2019alternative r\u00e9elle est : national sous h\u00e9g\u00e9monie bourgeoise (qui conduit \u00e0 la n\u00e9gociation, \u00e0 la gestion, \u00e0 la police) ou national-populaire sous h\u00e9g\u00e9monie populaire (qui transforme l\u2019unit\u00e9 en instrument de lutte, et non en cl\u00f4ture).<\/p>\n\n\n\n<p>De ce point de vue, le bilan s\u00e9v\u00e8re de RP sur Oslo et la mutation du Fatah est utile, mais il manque une pr\u00e9cision strat\u00e9gique : ce n\u2019est pas seulement un \u00ab&nbsp;mauvais choix&nbsp;\u00bb ou une \u00ab&nbsp;capitulation&nbsp;\u00bb. C\u2019est la stabilisation d\u2019un bloc social d\u00e9termin\u00e9, avec ses int\u00e9r\u00eats, ses ressources, sa rente politique, et ses appareils.<br>Une strat\u00e9gie r\u00e9volutionnaire ne r\u00e9pond pas \u00e0 cela par un rejet moral ; elle r\u00e9pond par une contre-construction : institutions populaires, autonomie mat\u00e9rielle, cadres d\u2019organisation, programme, et politique de front.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3) \u00ab&nbsp;Unit\u00e9 nationale&nbsp;\u00bb : pas une vertu, une technique de guerre politique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un des points les plus sensibles \u2014 et souvent maltrait\u00e9 par la gauche \u2014 est celui de l\u2019unit\u00e9 nationale. On oscille entre deux erreurs.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Premi\u00e8re erreur : l\u2019unit\u00e9 comme f\u00e9tiche, qui interdit la critique, neutralise les contradictions sociales, et finit par prot\u00e9ger les appareils dominants.<\/li>\n\n\n\n<li>Seconde erreur : l\u2019unit\u00e9 m\u00e9pris\u00e9e comme \u00ab&nbsp;compromis&nbsp;\u00bb, au nom d\u2019une ligne pure, ce qui revient souvent \u00e0 laisser intact le monopole de la repr\u00e9sentation populaire par les forces dominantes.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>L\u2019unit\u00e9, en situation coloniale, n\u2019est ni un absolu ni un tabou : c\u2019est une question d\u2019efficacit\u00e9 politique. Elle peut \u00eatre vitale pour tenir contre la fragmentation impos\u00e9e ; mais elle peut aussi devenir une camisole si elle sert \u00e0 \u00e9touffer la bataille d\u2019h\u00e9g\u00e9monie.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019unit\u00e9 n\u2019est pas seulement un slogan des directions \u00ab&nbsp;s\u00e9culi\u00e8res&nbsp;\u00bb. On la retrouve comme objectif explicite dans certaines organisations islamo-nationalistes, mais sous une forme pragmatique : limiter les affrontements intestins, pr\u00e9server des passerelles, maintenir un cadre d\u2019action national, tout en conservant une radicalit\u00e9 contre l\u2019occupant.<br>Ce constat ne \u00ab&nbsp;valide&nbsp;\u00bb aucune direction ; il impose une exigence strat\u00e9gique : si l\u2019unit\u00e9 est un terrain, alors la question devient comment la disputer \u2014 et pas comment la nier.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4) La cons\u00e9quence pour notre critique de RP<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici que notre d\u00e9saccord avec RP peut \u00eatre formul\u00e9 de mani\u00e8re tranchante mais juste.<\/p>\n\n\n\n<p>RP voit bien la capture bourgeoise de la cause nationale. Mais l\u2019article tend \u00e0 conclure comme si la lutte nationale devait \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e par un saut direct vers une politique de classe d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9e \u2014 ce qui revient, en pratique, \u00e0 se placer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du mouvement r\u00e9el.<br>Une strat\u00e9gie mat\u00e9rialiste part de l\u2019inverse : puisqu\u2019on ne choisit pas la forme nationale \u2014 elle est impos\u00e9e par la structure coloniale \u2014 on doit y mener une bataille prolong\u00e9e pour l\u2019h\u00e9g\u00e9monie, en combinant front d\u2019action, autonomie politique, organisation populaire et programme.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste alors la question la plus d\u00e9licate, et souvent la plus mal pos\u00e9e : comment mener cette bataille d\u2019h\u00e9g\u00e9monie dans un champ palestinien o\u00f9 les formes islamo-nationalistes jouent un r\u00f4le central, sans tomber ni dans l\u2019anti-islamisme de principe, ni dans le romantisme de la \u00ab&nbsp;r\u00e9sistance pure&nbsp;\u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>IV. Islamo-nationalismes : analyser sans excommunier, lutter sans se dissoudre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on veut parler de strat\u00e9gie sans tricher, il faut affronter un fait massif : dans la Palestine contemporaine, une part d\u00e9cisive des formes d\u2019encadrement populaire, de discipline collective, de travail social et de r\u00e9sistance arm\u00e9e s\u2019est reconstitu\u00e9e \u2014 partiellement \u2014 autour d\u2019organisations se r\u00e9clamant de l\u2019islam. On peut le regretter, s\u2019en r\u00e9jouir, ou s\u2019en tenir \u00e0 distance : cela ne change rien au probl\u00e8me. Une politique mat\u00e9rialiste ne commence pas par dire ce qui&nbsp;<em>devrait<\/em>&nbsp;exister ; elle part de ce qui&nbsp;<em>existe<\/em>, et elle demande : qu\u2019est-ce que cela produit, pour qui, contre qui, et avec quelles contradictions ?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le point o\u00f9 une partie de la gauche bascule dans un double pi\u00e8ge : soit l\u2019anti-islamisme \u00ab&nbsp;de principe&nbsp;\u00bb, qui confond analyse et r\u00e9flexe identitaire ; soit le romantisme de la \u00ab&nbsp;r\u00e9sistance pure&nbsp;\u00bb, qui suspend toute critique d\u00e8s lors qu\u2019il y a confrontation arm\u00e9e avec l\u2019occupant. Le premier est politiquement st\u00e9rile ; le second est politiquement dangereux. La question strat\u00e9gique est ailleurs : comment disputer l\u2019h\u00e9g\u00e9monie au sein d\u2019un bloc populaire o\u00f9 ces forces comptent, sans les diaboliser ni s\u2019y dissoudre ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1) Sortir de la fausse opposition : religion versus progr\u00e8s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une cl\u00e9, ici, est de refuser le cadre purement \u00ab&nbsp;civilisationnel&nbsp;\u00bb qui parasite trop de discussions. Le crit\u00e8re d\u00e9terminant n\u2019est pas l\u2019\u00e9tiquette religieuse, mais le rapport social et politique qu\u2019une force contribue \u00e0 stabiliser ou \u00e0 fissurer. Le conflit d\u00e9cisif n\u2019oppose pas \u00ab&nbsp;foi&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;raison&nbsp;\u00bb, mais l\u2019acceptation d\u2019un ordre de domination et les formes de d\u00e9fi qu\u2019il rencontre dans une formation sociale donn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Appliqu\u00e9 au champ palestinien, cela implique une r\u00e8gle simple : on ne \u00ab&nbsp;classe&nbsp;\u00bb pas un mouvement islamiste en fonction de sa rh\u00e9torique, mais en fonction :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>de sa base sociale (classes et fractions mobilis\u00e9es),<\/li>\n\n\n\n<li>de ses fonctions (encadrement, redistribution, discipline, contr\u00f4le, services),<\/li>\n\n\n\n<li>de ses alliances et d\u00e9pendances,<\/li>\n\n\n\n<li>et des contradictions qu\u2019il ouvre ou qu\u2019il ferme dans la lutte nationale.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Cette m\u00e9thode a un avantage politique imm\u00e9diat : elle interdit le glissement anti-islamiste, parce qu\u2019elle ne parle pas des croyances mais des rapports de forces.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2) Le Jihad islamique palestinien : un cas qui oblige \u00e0 la pr\u00e9cision<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le livre de Wissam Alhaj, Eug\u00e9nie R\u00e9billard et Nicolas Dot-Pouillard est pr\u00e9cieux pour une raison : il montre, dans le d\u00e9tail, combien les cat\u00e9gories rapides (\u00ab&nbsp;islamisme&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;jihad&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;radical&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;r\u00e9actionnaire&nbsp;\u00bb) produisent souvent plus de paresse que d\u2019intelligence.<\/p>\n\n\n\n<p>Le MJIP appara\u00eet comme un acteur d\u2019abord palestinien, dont l\u2019horizon est la lutte contre Isra\u00ebl, et non l\u2019exportation d\u2019un jihad d\u00e9territorialis\u00e9. Il se caract\u00e9rise par une radicalit\u00e9 dirig\u00e9e vers l\u2019ennemi colonial, tout en adoptant, sur plusieurs s\u00e9quences, une posture plus prudente dans l\u2019ordre interne : pas de programme d\u2019islamisation coercitive comparable \u00e0 d\u2019autres exp\u00e9riences, et une insistance r\u00e9currente sur des formes d\u2019unit\u00e9 nationale (au sens d\u2019\u00e9vitement des guerres intestines et de maintien d\u2019un cadre palestinien commun).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce point est d\u00e9cisif pour notre critique de RP. Non pas pour \u00ab&nbsp;r\u00e9habiliter&nbsp;\u00bb qui que ce soit, mais pour rappeler ceci : si une organisation islamo-nationaliste peut combiner une forte capacit\u00e9 de r\u00e9sistance et une politique d\u2019unit\u00e9 interne, alors on ne peut pas traiter l\u2019ensemble du champ islamiste comme une simple impasse strat\u00e9gique \u00e0 excommunier. On est oblig\u00e9 de raisonner plus finement : en termes de tendances, de contradictions, de configurations, et de possibilit\u00e9s d\u2019intervention.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3) Ce que l\u2019article de RP rate ici : la diff\u00e9rence entre critique politique et disqualification<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article de&nbsp;<em>R\u00e9volution Permanente<\/em>&nbsp;tend \u00e0 enfermer les forces islamistes dans une formule globale : elles seraient incapables de \u00ab&nbsp;rompre&nbsp;\u00bb avec l\u2019orientation qui a men\u00e9 \u00e0 l\u2019impasse, m\u00eame lorsqu\u2019elles incarnent la r\u00e9sistance arm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me n\u2019est pas de critiquer : une critique marxiste peut \u00eatre tr\u00e8s dure, y compris envers des forces populaires r\u00e9elles. Le probl\u00e8me est la forme strat\u00e9gique de la critique. Une critique op\u00e9ratoire devrait r\u00e9pondre \u00e0 des questions concr\u00e8tes :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Quels rapports ces forces entretiennent-elles avec les masses (services, discipline, repr\u00e9sentation, mobilisation) ?<\/li>\n\n\n\n<li>Quelles d\u00e9pendances r\u00e9gionales les traversent, et comment ces d\u00e9pendances limitent-elles leur autonomie ?<\/li>\n\n\n\n<li>Quels compromis internes rendent leur \u00ab&nbsp;unit\u00e9 nationale&nbsp;\u00bb possible \u2014 et quelles tensions sociales elles contiennent ou d\u00e9placent ?<\/li>\n\n\n\n<li>Quelles ouvertures existent, o\u00f9 peut s\u2019inscrire une bataille d\u2019h\u00e9g\u00e9monie ?<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Sans ces questions, la critique devient une disqualification. Et la disqualification a un effet politique connu : elle laisse intacte la capacit\u00e9 de ces forces \u00e0 repr\u00e9senter le peuple, tout en pla\u00e7ant la gauche \u00ab&nbsp;r\u00e9volutionnaire&nbsp;\u00bb dans la position confortable \u2014 et st\u00e9rile \u2014 de t\u00e9moin ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4) Une orientation mat\u00e9rialiste : front d\u2019action, s\u00e9paration organisationnelle, bataille d\u2019h\u00e9g\u00e9monie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on veut rester \u00e0 la fois mat\u00e9rialiste et non anti-islamiste, une ligne minimale devrait tenir ensemble trois exigences, qui peuvent sembler contradictoires mais ne le sont pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>a) Un front d\u2019action contre l\u2019ennemi colonial.<\/strong><br>L\u00e0 o\u00f9 la colonisation fragmente, l\u2019unit\u00e9 d\u2019action est une condition de survie. Elle n\u2019implique ni adh\u00e9sion id\u00e9ologique, ni silence sur les contradictions sociales. Elle implique une hi\u00e9rarchie des combats : dans l\u2019affrontement principal, l\u2019unit\u00e9 tactique peut \u00eatre n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>b) Une s\u00e9paration organisationnelle et programmatique claire.<\/strong><br>L\u2019unit\u00e9 d\u2019action n\u2019est pas la fusion. L\u2019erreur historique de nombreuses forces r\u00e9volutionnaires, dans des contextes comparables, a \u00e9t\u00e9 de confondre front et dissolution. L\u2019exp\u00e9rience palestinienne l\u2019a pay\u00e9 cher : d\u00e8s que l\u2019autonomie mat\u00e9rielle et organisationnelle est perdue, la \u00ab&nbsp;ligne&nbsp;\u00bb devient une opinion.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>c) Une bataille patiente d\u2019h\u00e9g\u00e9monie au sein du bloc populaire.<\/strong><br>L\u2019enjeu n\u2019est pas d\u2019arracher les masses \u00e0 leur forme nationale ou religieuse \u00ab&nbsp;par d\u00e9cret&nbsp;\u00bb, mais de d\u00e9placer progressivement la direction politique, en liant la lutte nationale \u00e0 des int\u00e9r\u00eats sociaux, \u00e0 des formes de pouvoir populaire, \u00e0 une capacit\u00e9 d\u2019organisation durable.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce triple mouvement \u2014 front d\u2019action, autonomie, h\u00e9g\u00e9monie \u2014 est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui manque au texte de RP, qui flotte entre une d\u00e9nonciation juste des impasses et une incapacit\u00e9 \u00e0 dire comment intervenir dans un champ r\u00e9el o\u00f9 ces forces comptent.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste une question que l\u2019on ne peut pas \u00e9viter : si la bataille d\u2019h\u00e9g\u00e9monie ne se m\u00e8ne ni par l\u2019excommunication, ni par la fusion, alors il faut parler de l\u2019outil central de toute strat\u00e9gie de lib\u00e9ration : le front, ses r\u00e8gles, ses risques, et ses conditions de succ\u00e8s \u2014 notamment face aux \u00c9tats de la r\u00e9gion, aux appareils de rente, et aux m\u00e9canismes d\u2019instrumentalisation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>V. Le front comme instrument, pas comme slogan<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce stade, une chose devient claire : parler de strat\u00e9gie en Palestine, c\u2019est forc\u00e9ment parler de front. Non pas au sens d\u2019une formule magique (\u00ab&nbsp;l\u2019unit\u00e9 !&nbsp;\u00bb), mais au sens d\u2019une technique politique difficile, pleine de risques, qui vise \u00e0 organiser l\u2019action commune contre l\u2019ennemi principal sans abandonner la lutte pour la direction du mouvement. C\u2019est exactement le point o\u00f9 l\u2019article de&nbsp;<em>R\u00e9volution Permanente<\/em>&nbsp;reste en suspens : il diagnostique des captures, des capitulations, des d\u00e9pendances \u2014 mais il dit peu de la m\u00e9canique qui permettrait d\u2019\u00e9viter qu\u2019une force r\u00e9volutionnaire soit marginalis\u00e9e ou absorb\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le front n\u2019est pas la fusion. C\u2019est un agencement instable, fait pour durer assez longtemps pour produire des effets mat\u00e9riels (tenir contre la fragmentation, accumuler de la force, prot\u00e9ger des espaces d\u2019organisation), mais jamais assez \u00ab&nbsp;total&nbsp;\u00bb pour dissoudre les diff\u00e9rences de programme. Dans une formation coloniale, cette distinction est vitale : l\u2019ennemi cherche justement \u00e0 casser toute capacit\u00e9 d\u2019action collective par la division territoriale, la guerre psychologique, l\u2019asphyxie \u00e9conomique et la concurrence entre appareils. Un front d\u2019action peut donc \u00eatre une condition de survie politique. Mais il peut aussi devenir un m\u00e9canisme d\u2019\u00e9touffement si l\u2019unit\u00e9 sert \u00e0 sanctuariser une direction dominante, \u00e0 neutraliser la critique, ou \u00e0 transformer la discipline contre l\u2019ennemi en discipline contre le peuple.<\/p>\n\n\n\n<p>La tradition du mouvement palestinien conna\u00eet cette ambivalence de l\u2019int\u00e9rieur. Aucune organisation ne peut se contenter d\u2019une radicalit\u00e9 d\u00e9clarative ou d\u2019une bravoure arm\u00e9e ; sans programme et sans analyse des forces, la lutte se condamne \u00e0 l\u2019improvisation, et l\u2019improvisation finit toujours par co\u00fbter politiquement au camp populaire. Ce qu\u2019il vise, au fond, c\u2019est la m\u00eame question : comment un front ne devient-il pas un paravent derri\u00e8re lequel des appareils g\u00e8rent la lutte \u2014 ou l\u2019\u00e9changent \u2014 au lieu de la conduire ?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici que l\u2019on doit \u00eatre pr\u00e9cis sur les \u00c9tats et les r\u00e9gimes de la r\u00e9gion. L\u2019article de RP a raison de rappeler l\u2019instrumentalisation, parfois cynique, parfois sanglante, dont la cause palestinienne a souvent fait l\u2019objet. Mais une strat\u00e9gie ne se contente pas d\u2019affirmer \u00ab&nbsp;rupture avec les r\u00e9gimes&nbsp;\u00bb : elle doit distinguer ce qui rel\u00e8ve du soutien tactique (logistique, sanctuaire, flux mat\u00e9riels), de la d\u00e9pendance strat\u00e9gique (capture politique, chantage, conversion de la lutte en variable d\u2019ajustement), et de l\u2019int\u00e9gration organique (quand l\u2019appareil devient une excroissance d\u2019un \u00c9tat). La question de l\u2019autonomie n\u2019est pas secondaire : elle est souvent la condition mat\u00e9rielle pour que la \u00ab&nbsp;ligne&nbsp;\u00bb ne soit pas qu\u2019un discours.<\/p>\n\n\n\n<p>Or c\u2019est l\u00e0 que l\u2019on peut retourner RP contre lui-m\u00eame, mais sans pol\u00e9mique : en d\u00e9non\u00e7ant (justement) les formes de collaboration et de d\u00e9pendance, RP laisse entendre qu\u2019il suffirait de se tenir \u00ab&nbsp;pur&nbsp;\u00bb pour \u00e9chapper aux m\u00e9canismes d\u2019absorption. En r\u00e9alit\u00e9, dans un champ colonis\u00e9 et militaris\u00e9, ce qui prot\u00e8ge une force populaire, ce sont des ressources, des r\u00e9seaux, des cadres, une implantation sociale, une capacit\u00e9 d\u2019\u00e9ducation politique, et des formes de d\u00e9cision qui rendent l\u2019appareil redevable aux masses. Sans cela, on peut proclamer mille fois l\u2019ind\u00e9pendance : on la perdra au premier \u00e9tranglement. Dans une formation coloniale, la question n\u2019est pas seulement de \u00ab&nbsp;s\u2019opposer&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme ; elle est de construire, au sein m\u00eame du bloc national, une direction capable de lier lib\u00e9ration nationale et int\u00e9r\u00eats sociaux populaires \u2014 autrement dit de faire de l\u2019unit\u00e9 un instrument de lutte, pas un couvercle.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela vaut aussi pour l\u2019 \u00ab&nbsp;unit\u00e9 nationale&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du champ palestinien. On a trop souvent une discussion moraliste : l\u2019unit\u00e9 serait une vertu en soi, ou bien une compromission en soi. La r\u00e9alit\u00e9 est plus brutale : l\u2019unit\u00e9 est une fonction. Elle sert soit \u00e0 emp\u00eacher la colonisation d\u2019exploiter les fractures, soit \u00e0 prot\u00e9ger des appareils qui se financent et se reproduisent dans la division. L\u2019unit\u00e9 n\u2019est donc pas seulement un mot d\u2019ordre des \u00e9lites \u00ab&nbsp;s\u00e9culi\u00e8res&nbsp;\u00bb : elle peut \u00eatre une politique concr\u00e8te \u2014 contenir la guerre interne, pr\u00e9server un cadre palestinien, maintenir des passerelles \u2014 sans que cela prouve la \u00ab&nbsp;bont\u00e9&nbsp;\u00bb d\u2019une direction. Ce genre de pr\u00e9cision oblige \u00e0 sortir des jugements globaux, et donc \u00e0 penser strat\u00e9giquement : que fait l\u2019unit\u00e9, dans telle s\u00e9quence ? qui en profite ? qui la paie ? que permet-elle d\u2019accumuler ?<\/p>\n\n\n\n<p>Au fond, la question du front se r\u00e9sume \u00e0 une exigence simple, mais lourde : tenir ensemble l\u2019unit\u00e9 d\u2019action contre l\u2019ennemi principal et la lutte pour l\u2019h\u00e9g\u00e9monie au sein du peuple. Si l\u2019on renonce \u00e0 l\u2019unit\u00e9 d\u2019action, on se condamne \u00e0 parler dans le vide. Si l\u2019on renonce \u00e0 la lutte pour l\u2019h\u00e9g\u00e9monie, on se condamne \u00e0 servir d\u2019appoint \u00e0 une direction qui finira t\u00f4t ou tard par n\u00e9gocier, g\u00e9rer, ou se transformer en appareil de police \u2014 ce que RP d\u00e9crit tr\u00e8s bien \u00e0 propos d\u2019Oslo, mais sans tirer toutes les cons\u00e9quences organisationnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici que se pr\u00e9pare la question suivante, la plus explosive, et souvent la plus caricatur\u00e9e : la place de la lutte arm\u00e9e. Non pas comme f\u00e9tiche, non pas comme faute morale, mais comme \u00e9l\u00e9ment d\u2019une strat\u00e9gie qui vise l\u2019accumulation de pouvoir populaire. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019on peut mesurer si un front est un outil de lib\u00e9ration ou un dispositif de reproduction des appareils.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>VI. La lutte arm\u00e9e : ni f\u00e9tiche, ni faute morale \u2014 une question de direction politique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 ce point, on touche au n\u0153ud le plus sensible, et sans doute le plus maltrait\u00e9, des d\u00e9bats sur la Palestine : la lutte arm\u00e9e. C\u2019est ici que les discussions basculent le plus vite soit dans la c\u00e9l\u00e9bration incantatoire, soit dans la mise \u00e0 distance morale. Or, d\u2019un point de vue mat\u00e9rialiste, ces deux postures sont \u00e9galement st\u00e9riles. La question n\u2019est pas de savoir si la violence est \u00ab&nbsp;bonne&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;mauvaise&nbsp;\u00bb, mais ce qu\u2019elle fait politiquement, \u00e0 qui elle profite, et dans quelle architecture strat\u00e9gique elle s\u2019inscrit.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article de&nbsp;<em>R\u00e9volution Permanente<\/em>&nbsp;formule une critique juste lorsqu\u2019il affirme que la violence, lorsqu\u2019elle est coup\u00e9e d\u2019une strat\u00e9gie, peut se retourner contre ceux qu\u2019elle pr\u00e9tend d\u00e9fendre. Mais cette critique reste incompl\u00e8te tant qu\u2019elle ne d\u00e9bouche pas sur une doctrine positive. Dire que la violence \u00ab&nbsp;sans strat\u00e9gie&nbsp;\u00bb est une impasse ne suffit pas ; encore faut-il dire quelle articulation entre lutte arm\u00e9e, organisation populaire et direction politique permet d\u2019\u00e9viter cette impasse. \u00c0 d\u00e9faut, on reste dans une position n\u00e9gative, qui d\u00e9nonce sans orienter.<\/p>\n\n\n\n<p>La tradition r\u00e9volutionnaire palestinienne a pourtant produit, tr\u00e8s t\u00f4t, des formulations d\u2019une grande sobri\u00e9t\u00e9 sur ce point. Le FPLP insiste, d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1960, sur une id\u00e9e simple et dure : porter les armes n\u2019est jamais en soi une garantie de radicalit\u00e9 ni d\u2019efficacit\u00e9. Sans analyse concr\u00e8te de la situation, sans appr\u00e9ciation des forces, sans programme politique clair et sans organisation capable de durer, la lutte arm\u00e9e se r\u00e9duit \u00e0 une succession d\u2019actes h\u00e9ro\u00efques \u2014 et l\u2019h\u00e9ro\u00efsme, laiss\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, est politiquement co\u00fbteux.<br>Ce rappel n\u2019a rien perdu de son actualit\u00e9. Il vise moins les combattants que les directions : ce sont elles qui transforment l\u2019action arm\u00e9e en strat\u00e9gie, ou qui la laissent d\u00e9river en substitut de politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une situation de colonisation de peuplement, la lutte arm\u00e9e n\u2019est ni contingente ni facultative. Elle s\u2019impose, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, parce que l\u2019ennemi n\u2019exerce pas seulement une domination \u00e9conomique ou juridique, mais un contr\u00f4le militaire permanent, appuy\u00e9 sur la terreur, l\u2019encerclement et la punition collective. Mais reconna\u00eetre cela ne dit encore rien de son usage politique. Une action arm\u00e9e peut renforcer la capacit\u00e9 d\u2019auto-organisation populaire ; elle peut aussi la court-circuiter. Elle peut ouvrir des espaces de mobilisation ; elle peut aussi concentrer toute la l\u00e9gitimit\u00e9 sur un appareil militaire, au d\u00e9triment du pouvoir populaire.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ici que la critique de RP manque de profondeur strat\u00e9gique. En soulignant, \u00e0 juste titre, que certaines s\u00e9quences de lutte arm\u00e9e ont servi l\u2019ennemi en isolant la population ou en facilitant la r\u00e9pression, l\u2019article sugg\u00e8re que le probl\u00e8me r\u00e9side principalement dans le choix de la violence elle-m\u00eame. Or, l\u2019histoire palestinienne \u2014 comme d\u2019autres histoires de lib\u00e9ration \u2014 montre que le probl\u00e8me est rarement l\u2019existence de la lutte arm\u00e9e, mais sa substitution \u00e0 la politique. Lorsque l\u2019action militaire devient le lieu exclusif de la d\u00e9cision, lorsque les masses sont r\u00e9duites au r\u00f4le de spectatrices ou de victimes collat\u00e9rales, lorsque la strat\u00e9gie se confond avec la capacit\u00e9 de nuisance, alors la lutte s\u2019\u00e9puise, m\u00eame si elle se maintient longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Une approche mat\u00e9rialiste conduit \u00e0 poser la question autrement : la lutte arm\u00e9e contribue-t-elle \u00e0 construire des formes de pouvoir populaire, ou bien tend-elle \u00e0 les dissoudre ? Est-elle subordonn\u00e9e \u00e0 un projet politique explicite, ou bien devient-elle le projet lui-m\u00eame ? Est-elle articul\u00e9e \u00e0 des formes d\u2019organisation sociale, de solidarit\u00e9 mat\u00e9rielle, de d\u00e9cision collective, ou bien fonctionne-t-elle comme un appareil s\u00e9par\u00e9, qui parle au nom du peuple sans \u00eatre contr\u00f4l\u00e9 par lui ?<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce point, les d\u00e9bats autour des organisations islamo-nationalistes sont \u00e9clairants, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019ils obligent \u00e0 sortir des sch\u00e9mas. Certaines de ces organisations ont cherch\u00e9, \u00e0 des degr\u00e9s divers, \u00e0 articuler action arm\u00e9e, encadrement social et maintien d\u2019un cadre national commun, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 absolutiser la dimension militaire. Cela ne constitue pas un mod\u00e8le, encore moins une garantie. Mais cela oblige \u00e0 une exigence analytique : si l\u2019on veut critiquer la lutte arm\u00e9e, il faut le faire \u00e0 partir de ses effets politiques concrets, et non \u00e0 partir d\u2019un rejet abstrait ou d\u2019une attente messianique de la \u00ab&nbsp;bonne&nbsp;\u00bb insurrection.<\/p>\n\n\n\n<p>En situation coloniale le probl\u00e8me n\u2019est jamais de choisir entre violence et non-violence comme entre deux morales concurrentes. Le probl\u00e8me est de savoir si la lutte \u2014 arm\u00e9e ou non \u2014 contribue \u00e0 d\u00e9placer le rapport de forces en faveur des classes populaires, ou si elle consolide, sous couvert de radicalit\u00e9, des formes de pouvoir s\u00e9par\u00e9es.<br>Appliqu\u00e9e \u00e0 la Palestine, cette perspective interdit deux raccourcis sym\u00e9triques : celui qui sacralise la r\u00e9sistance arm\u00e9e comme essence de la lib\u00e9ration, et celui qui la condamne comme impasse sans proposer d\u2019alternative cr\u00e9dible dans un contexte de domination militaire totale.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut alors formuler une ligne simple, mais exigeante : la lutte arm\u00e9e ne peut \u00eatre qu\u2019un moment d\u2019une strat\u00e9gie de lib\u00e9ration, jamais son substitut. Elle doit \u00eatre subordonn\u00e9e \u00e0 une direction politique capable d\u2019articuler unit\u00e9 nationale, organisation populaire, bataille d\u2019h\u00e9g\u00e9monie et horizon r\u00e9gional. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce cha\u00eenon que l\u2019article de RP appelle sans le construire : une doctrine qui permette de juger non pas la violence en g\u00e9n\u00e9ral, mais son inscription dans un projet de pouvoir populaire.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que la derni\u00e8re question strat\u00e9gique s\u2019impose : si la lutte arm\u00e9e, le front et la bataille d\u2019h\u00e9g\u00e9monie ne suffisent pas isol\u00e9ment, comment penser l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale \u2014 non comme une incantation, mais comme un champ de forces, de contradictions et de possibilit\u00e9s concr\u00e8tes ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>VII. Le r\u00e9gional : horizon n\u00e9cessaire, incantation dangereuse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9 ici, on peut enfin aborder ce que l\u2019article de&nbsp;<em>R\u00e9volution Permanente<\/em>&nbsp;place au centre de sa conclusion : la perspective r\u00e9gionale. Sur le fond, l\u2019intuition est juste. La Palestine n\u2019est pas une enclave isol\u00e9e ; elle est ench\u00e2ss\u00e9e dans un ordre r\u00e9gional structur\u00e9 par l\u2019imp\u00e9rialisme, la contre-r\u00e9volution arabe, les accords de normalisation, la rente s\u00e9curitaire et la gestion autoritaire des soci\u00e9t\u00e9s. Penser la lib\u00e9ration palestinienne sans ce cadre, c\u2019est se condamner \u00e0 l\u2019illusion.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que cet horizon est indispensable qu\u2019il devient dangereux lorsqu\u2019il est trait\u00e9 comme une formule de sortie plut\u00f4t que comme un probl\u00e8me strat\u00e9gique \u00e0 part enti\u00e8re. L\u00e0 encore, l\u2019article de RP bascule trop vite du constat \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 : la r\u00e9volution r\u00e9gionale appara\u00eet comme une solution g\u00e9n\u00e9rale, presque comme une \u00e9vidence, l\u00e0 o\u00f9 elle devrait \u00eatre pos\u00e9e comme une construction longue, conflictuelle, profond\u00e9ment in\u00e9gale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier probl\u00e8me est temporel. Une strat\u00e9gie mat\u00e9rialiste distingue toujours les rythmes : celui de la lutte palestinienne, celui des soci\u00e9t\u00e9s arabes, celui des \u00c9tats, celui des recompositions imp\u00e9riales. Confondre ces temporalit\u00e9s revient \u00e0 suspendre la strat\u00e9gie palestinienne \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement ext\u00e9rieur dont personne ne ma\u00eetrise ni le d\u00e9clenchement ni la forme. L\u2019histoire r\u00e9cente l\u2019a montr\u00e9 avec cruaut\u00e9 : les soul\u00e8vements arabes ont ouvert des possibles immenses, mais leur \u00e9crasement a aussi renforc\u00e9 l\u2019encerclement de la Palestine. Faire de la r\u00e9volution r\u00e9gionale une condition pr\u00e9alable revient, de fait, \u00e0 reporter ind\u00e9finiment la question strat\u00e9gique palestinienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second probl\u00e8me est politique. Dire \u00ab r\u00e9gional \u00bb ne dit rien, en soi, des forces sociales en pr\u00e9sence. Or le monde arabe n\u2019est pas un sujet homog\u00e8ne : il est travers\u00e9 par des clivages de classe profonds, par des \u00c9tats contre-r\u00e9volutionnaires puissants, par des bourgeoisies compradores, par des appareils militaires et s\u00e9curitaires int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 l\u2019ordre imp\u00e9rial. Une strat\u00e9gie s\u00e9rieuse ne peut pas se contenter d\u2019invoquer \u201cles masses de la r\u00e9gion\u201d ; elle doit dire o\u00f9, comment, par quels relais, avec quelles alliances sociales une dynamique r\u00e9gionale peut se construire. Sans cela, le r\u00e9gional devient une abstraction consolante.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici que les travaux d\u2019Ali Kadri apportent un correctif utile, m\u00eame indirectement : la r\u00e9gion n\u2019est pas seulement un espace politique, c\u2019est une formation \u00e9conomique violente, structur\u00e9e par la destruction de forces productives, la prol\u00e9tarisation forc\u00e9e, l\u2019extraction de valeur et la guerre permanente. Penser le r\u00e9gional, ce n\u2019est donc pas seulement appeler \u00e0 la solidarit\u00e9 ; c\u2019est penser les conditions mat\u00e9rielles dans lesquelles des luttes sociales peuvent converger, ou au contraire \u00eatre \u00e9touff\u00e9es avant m\u00eame de se reconna\u00eetre. Autrement dit, sans ancrage social et organisationnel, l\u2019horizon r\u00e9gional reste un mot d\u2019ordre sans prise.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me probl\u00e8me, enfin, est strat\u00e9gique au sens strict. En faisant du r\u00e9gional un horizon global, RP tend \u00e0 escamoter la question d\u00e9cisive : comment une force palestinienne autonome agit-elle ici et maintenant, tout en s\u2019inscrivant dans un cadre r\u00e9gional hostile ? Une strat\u00e9gie mat\u00e9rialiste r\u00e9pondrait en termes de m\u00e9diations : r\u00e9seaux transnationaux concrets, luttes anti-normalisation, liens syndicaux et populaires, travail politique dans les diasporas, capacit\u00e9 \u00e0 transformer chaque crise r\u00e9gionale en opportunit\u00e9 de politisation \u2014 sans attendre un grand basculement g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici que l\u2019on peut formuler, sans pol\u00e9mique mais avec nettet\u00e9, le d\u00e9saccord final avec RP. L\u2019article identifie correctement la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un horizon r\u00e9gional ; mais faute de penser les m\u00e9diations, il transforme cet horizon en substitut de strat\u00e9gie. Or, du point de vue marxiste-l\u00e9niniste, ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment les m\u00e9diations \u2014 fronts, organisations, institutions populaires, luttes d\u2019h\u00e9g\u00e9monie, temporalit\u00e9s diff\u00e9renci\u00e9es \u2014 qui font la diff\u00e9rence entre une orientation r\u00e9volutionnaire et une posture.<\/p>\n\n\n\n<p>Au terme de ce parcours, le d\u00e9saccord avec l\u2019article de&nbsp;<em>R\u00e9volution Permanente<\/em>&nbsp;peut \u00eatre formul\u00e9 simplement. Le texte pose de bonnes questions, et il nomme des impasses r\u00e9elles. Mais il reste prisonnier d\u2019une illusion fr\u00e9quente \u00e0 gauche : croire qu\u2019il suffit d\u2019\u00e9noncer des principes justes pour produire une strat\u00e9gie.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, la lib\u00e9ration de la Palestine ne se jouera ni dans la puret\u00e9 id\u00e9ologique, ni dans l\u2019excommunication des formes existantes de r\u00e9sistance, ni dans l\u2019invocation incantatoire d\u2019un horizon r\u00e9gional. Elle se jouera dans une lutte prolong\u00e9e pour l\u2019h\u00e9g\u00e9monie, au sein d\u2019un bloc populaire anticolonial r\u00e9el, travers\u00e9 de contradictions, o\u00f9 se combinent unit\u00e9 d\u2019action et conflit politique, r\u00e9sistance arm\u00e9e et organisation des masses, autonomie strat\u00e9gique et inscriptions r\u00e9gionales concr\u00e8tes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que l\u2019histoire du mouvement palestinien, du marxisme arabe r\u00e9volutionnaire et des luttes anticoloniales enseigne, c\u2019est une le\u00e7on peu spectaculaire mais d\u00e9cisive : on ne choisit pas les formes initiales de la lutte, mais on peut choisir de les transformer. Et cette transformation ne se fait ni par d\u00e9cret, ni par surplomb, mais par un travail politique patient, conflictuel, souvent ingrat \u2014 le seul, pourtant, qui permette \u00e0 une cause juste de devenir une force capable de vaincre.<\/p>\n\n\n\n<p>Selim Nadi (membre du QG d\u00e9colonial)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Palestine : penser la strat\u00e9gie, au-del\u00e0 des \u00e9vidences militantes La Palestine n\u2019est pas seulement le nom d\u2019une injustice historique ni celui d\u2019une r\u00e9sistance qui force l\u2019admiration. Elle est aussi, depuis plusieurs d\u00e9cennies, le lieu d\u2019un probl\u00e8me politique non r\u00e9solu : celui de la strat\u00e9gie de lib\u00e9ration. 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