Les centres de santé publics palestiniens fonctionnent seulement une ou deux fois par semaine, les hôpitaux sont submergés et n’assurent que les urgences, les médecins sont partiellement payés et il y a des pénuries de médicaments. Le rapport de l’ONG Physicians for Human Rights Israel (PHRI) pointe la responsabilité des autorités israéliennes qui refusent de verser les taxes douanières prélevées au nom de l’Autorité palestinienne. Le blocage de ces recettes fiscales met en péril l’accès aux soins en Cisjordanie occupée. Pour de nombreux Palestiniens, les cliniques mobiles de Physicians for Human Rights Israel figurent désormais parmi les seules structures à combler ce vide.

Par :Frédérique Misslin
De notre correspondante à Jérusalem,
Le visage fatigué, Bassem Musli a des difficultés à se déplacer. Il s’appuie sur une béquille. À 70 ans, ce Palestinien originaire d’un camp de réfugiés du nord de la Cisjordanie occupée souffre de problèmes cardiaques. Il porte un pacemaker et doit prendre quotidiennement huit médicaments différents.
Depuis six mois, il a été contraint de suspendre son traitement : impossible de trouver les médicaments, en rupture de stock. Une pénurie qui s’explique notamment par l’endettement du ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne auprès des fournisseurs pharmaceutiques.
Sans ces comprimés, le pouls de Bassem s’accélère. Il souffre de tremblements et perd parfois connaissance. Il dit remettre son sort entre les mains de Dieu. « La situation est tragique, nous en sommes réduits à mendier : tu vas voir untel, tu vas dans les services, tu vas voir le gouverneur, ils te disent tous qu’il n’y a rien. Je ne blâme pas les autorités. Les fonds de compensation sont bloqués depuis des mois, les employés ne touchent que la moitié de leur salaire. » Les maigres revenus de ce retraité ne lui permettent pas d’acheter ses médicaments dans des officines privées.
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« Israël retient les revenus palestiniens »
Milena Ansari, directrice du département des Territoires palestiniens occupés chez Physicians for Human Rights Israel (PHRI) et auteure du rapport, confirme : « Israël retient les revenus palestiniens alors que le système de santé que ces fonds soutiennent s’effondre. Les conséquences sont déjà visibles : les cliniques ferment, les médecins travaillent sans recevoir leur salaire complet, les médicaments essentiels viennent à manquer, et les patients se voient refuser les soins dont ils ont besoin. »
Israël contrôle les frontières et collecte, au nom de l’Autorité palestinienne, les taxes douanières qui lui sont ensuite reversées conformément aux accords bilatéraux. Ces recettes fiscales représentent une part importante du budget palestinien.
Or, ces transferts ont été suspendus par le ministre israélien des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich. Celui-ci affirme vouloir étrangler l’économie en Cisjordanie occupée, au risque de provoquer l’effondrement de secteurs vitaux tels que l’éducation, la santé ou encore la sécurité.
Sans argent, 447 des 590 antennes du ministère palestinien de la Santé ont drastiquement réduit leur activité, n’assurant plus de services qu’une ou deux fois par semaine. Selon Physicians for Human Rights Israel, seuls 63 % des centres de soins de santé primaires sont restés partiellement opérationnels en 2025, beaucoup n’étant ouverts qu’un seul jour par semaine, contre six avant octobre 2023.
Le ministère palestinien de la Santé affiche désormais une dette de plus de 1,18 milliard de dollars envers les hôpitaux privés et les fournisseurs de produits pharmaceutiques. « À Kfar Aktaba, par exemple, il y a 13 000 habitants. Un médecin salarié du secteur public vient deux heures une fois par semaine », explique Salah Haj Yihya, directeur des cliniques mobiles de PHRI en Cisjordanie.
Les bénévoles des cliniques mobiles se déplacent donc avec des médicaments et du matériel. Ce jour-là, leurs équipes ont assuré 520 consultations, dont 45 en pédiatrie.
Des médecins sans salaire
Un médecin généraliste palestinien préfère témoigner sous couvert d’anonymat. L’Autorité palestinienne lui doit 18 mois de salaire. Il reçoit de manière aléatoire des versements, souvent amputés de moitié, et n’a plus les moyens de se rendre à l’hôpital, situé loin de son domicile. « Depuis trois ans, nous avons réduit progressivement notre activité. De cinq jours de travail par semaine, nous sommes passés à trois, puis deux, et aujourd’hui plus aucun, parce que nous n’avons plus d’argent pour nous rendre au travail. En plus, il n’y a plus de médicaments. Qu’est-ce que je vais donner aux patients ? »
Le praticien a participé à une grève au mois de mai pour attirer l’attention de la communauté internationale. Il reconnaît que ce mouvement n’a pas eu l’impact espéré, mais dit n’avoir d’autre choix que de poursuivre son activité bénévolement, près de son domicile et au sein des cliniques mobiles de PHRI. « Je fais mon métier presque gratuitement. Qu’est-ce que je peux faire ? Si j’arrête de soigner les habitants de Tulkarem, si les autres médecins font la même chose, que va-t-il se passer ? Les gens vont mourir. »
D’après PHRI, sur les 1 260 médicaments essentiels habituellement disponibles, 160 sont totalement en rupture de stock, environ 600 ne disposent plus que de quelques jours de réserve et 250 ne sont disponibles qu’en quantités limitées. Les patients atteints de cancer, de diabète ou de maladies chroniques ont de plus en plus de difficultés à accéder à leurs traitements.


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