L’armée israélienne évacue les preuves de ses crimes à Gaza au rythme de 100 camions par jour !

Euro-Med Human Rights Monitor accuse Israël de procéder à l’évacuation de preuves potentielles de crimes de guerre et de génocide en même temps que les décombres des quartiers détruits de l’enclave palestinienne.

Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 17 août 2026



Chaque jour, une moyenne de 100 camions évacuent des gravats de la bande de Gaza. Mais il ne s’agit pas de travaux destinés à secourir les personnes disparues, à rouvrir les routes ou à préparer la reconstruction de l’enclave : au contraire, ces camions pourraient procéder à l’effacement délibéré de preuves des crimes israéliens commis par Israël de ces 3 dernières années de guerre génocidaire.

C’est ce que craint l’observatoire des droits humain Euro-Med Human Rights Monitor, qui publiait au début du mois un rapport alarmant sur les opérations de déblaiement des zones situées derrière la « Ligne jaune », sous contrôle militaire israélien depuis l’entrée en vigueur du prétendu « cessez-le-feu » en octobre dernier.

L’organisme affirme que les forces israéliennes, en collaboration avec des entrepreneurs civils israéliens, y mènent une opération de grande envergure et bien organisée visant à traiter et à déblayer les décombres des quartiers et des installations qu’elles ont détruits dans la bande de Gaza, puis à les acheminer vers l’extérieur de la bande de Gaza.

« Ces opérations se déroulent sans qu’aucun registre officiel ne soit tenu concernant les quantités évacuées et sans contrôle indépendant, avant même que les commissions d’enquête internationales et locales n’aient eu la possibilité d’inspecter, d’examiner et de documenter les sites », avertit Euro-Med, qui craint que « cela risque de détruire des preuves cruciales de génocide ainsi que les restes des victimes dont on ignore toujours le sort sous les décombres. » 

Effacer les preuves

Environ 400 engins lourds d’excavation, de démolition, de concassage et de transport, exploités par des entreprises civiles israéliennes sous protection militaire, sont à l’œuvre dans l’est et le sud de Gaza. Ils démolissent les structures restantes, concassent les décombres des quartiers détruits et chargent les débris sur des camions pour les transporter hors de leurs sites d’origine.

L’inquiétude d’Euro-Med réside dans le fait que ces opérations sont effectuées sans aucun regard extérieur et avant que avant que les équipes médico-légales, les expert·es en preuves et les spécialistes des munitions non explosées ne puissent examiner, documenter et préserver les sites, ainsi que les preuves et les restes humains.

« Les décombres éparpillés dans toute la bande de Gaza comprennent des lieux où ont pu se produire des homicides illégaux et des bombardements visant des familles entières, ainsi que des sites soupçonnés de receler des fosses communes ou des corps enterrés dans des habitations, des hôpitaux, des abris et des installations civiles détruits. » 

Ces opérations pourraient ainsi porter atteinte au droit des familles de connaître le sort de leurs proches disparu·es, et de récupérer et d’enterrer leurs restes dans la dignité, alors que 8 500 corps de Palestinien·nes disparu·es au cours de trois dernières années de génocide sont encore supposés enfouis sous les décombres.

Elles sont également contraires aux normes internationales qui exigent la recherche des défunts, la collecte et la protection des informations les concernant, ainsi que la garantie d’une identification et d’un enregistrement appropriés. Outre les restes humains, ces sites pourraient renferment des éléments de preuve essentiels pour identifier les armes, la chronologie de l’attaque, les positions des victimes et des assaillants, les portées de tir, la cause et les circonstances du décès, ainsi que des fragments, des projectiles, des douilles vides, des traces biologiques et des effets personnels.

« Le concassage, le mélange et le transport des décombres peuvent effacer des preuves, des détails de localisation et des liens au sein de la scène de crime », affirme Eur-Med. « Ce processus rompt également la chaîne de conservation des preuves, rendant potentiellement impossible de retracer l’endroit où les preuves ont été recueillies ou de les relier à un incident ou à une victime en particulier. Ces dommages ne peuvent être réparés par des photographies aériennes ou des témoignages ultérieurs, car les enquêtes sur les crimes internationaux nécessitent également des preuves tangibles pouvant être examinées, comparées et vérifiées juridiquement. » 

Remodelage systématique du paysage urbain

Selon l’Évaluation rapide des dégâts et des besoins à Gaza, publiée conjointement par la Banque mondiale, les Nations unies et l’Union européenne en avril 2026, environ 68 millions de tonnes de décombres sont répartis dans la bande de Gaza. 

Ce chiffre titanesque ne tient pourtant pas compte des dégâts causés par les opérations de démolition et de destruction ultérieures. Or depuis l’entrée en vigueur du prétendu cessez-le-feu, en octobre 2025, l’armée israélienne procède à la destruction systématique des structures restantes dans les zones qu’elle occupe, derrière la ligne jaune. Une nouvelle évaluation réalisée par le Centre des Nations Unies pour les satellites (UNOSAT) estime que le nombre de bâtiments détruits à Gaza a augmenté de 9 % depuis la proclamation du cessez-le-feu en octobre 2025.

D’autres études, notamment une publiée par Forensic Architecture et Dropsite News, ont analysé les images satellite pour démontrer la destruction systématique par Israël de zones stratégiques, et des travaux de déblayage, de compactage du sol et d’évacuation des déchets. 

Ces destructions israéliennes sont une violation flagrante de l’accord de cessez-le-feu, en ce qu’elle démontrent la volonté israélienne de ne pas se retirer des zones occupées, et de remodeler définitivement le paysage urbain palestinien et aggravant le déplacement de population et le nettoyage ethnique. 

Euro-Med identifie dans ce processus une facette du colonialisme de peuplement israélien, « qui consiste à déraciner les Palestiniens, à effacer les traces de leur présence et à redéfinir le territoire sans eux. Cela ouvre la voie aux efforts d’Israël visant à rétablir des colonies à Gaza et à déplacer les résidents palestiniens, marquant ainsi une nouvelle phase de colonisation et la poursuite du déni du droit à la terre et du droit au retour. » 

Sur Al Jazeera, le général de brigade à la retraite Elias Hanna, expert militaire et stratégique,explique que la géographie et l’urbanisme sont utilisés contre la population de Gaza comme une forme extrême de punition collective.

« Les bâtiments et l’espace géographique font désormais partie intégrante de la bataille et constituent une arme à part entière », explique-t-il. « Lorsque l’ennemi israélien détruit et rase au bulldozer, ces opérations s’inscrivent dans la politique de punition collective ; c’est-à-dire que l’on crée un nouvel aménagement urbain, une nouvelle phase et une configuration différente de l’environnement social et sécuritaire afin de punir ceux qui résistent et, par la même occasion, de punir les civils. »

Siège et pillage

Environ 400 engins lourds destinés aux travaux d’excavation, de démolition, de concassage et de transport, exploités par des entreprises civiles israéliennes sous protection militaire, sont actuellement à l’œuvre dans l’est et le sud de la bande de Gaza. Ils démolissent les structures encore debout, concassent les gravats des quartiers détruits et chargent les débris dans des camions pour les évacuer des sites d’origine.

Cet arsenal semble particulièrement cyniques lorsqu’on observe, de l’autre côté de la ligne jaune, les équipes de la défense civile contraintes de procéder aux recherches des disparu·es avec un matériel cruellement insuffisant.

En effet, Israël continue d’interdire le passage d’engins lourds capables de déplacer les dalles de béton laissées par les frappes israéliennes, obligeant les équipes de secours de travailler principalement manuellement.

Outre cette dissonance, Euro-Med alerte également sur le fait que ces destructions pourraient relever du pillage : « les débris présents dans la bande de Gaza ne se limitent pas à de simples gravats ; ils comprennent des biens privés et publics, des matériaux de construction essentiels tels que l’acier, la pierre et le béton pouvant être recyclés et réutilisés, ainsi que d’autres biens de valeur nécessaires aux Palestiniens pour reconstruire leurs maisons, leurs routes et leurs infrastructures. Ils peuvent également contenir des titres de propriété, des documents officiels et des effets personnels qui font partie intégrante des droits et de la mémoire des individus et des familles », explique le communiqué. 

« Le fait d’évacuer les décombres de la bande de Gaza et de les exploiter à des fins commerciales sans le consentement des propriétaires ni aucune indemnisation peut, selon les circonstances et l’intention qui sous-tend la saisie, constituer une confiscation illégale ou un pillage. De tels actes sont interdits par le droit international humanitaire, en particulier l’article 33 de la quatrième Convention de Genève et les dispositions pertinentes du Statut de Rome. » 

D’après ses premières données de terrain, Euro-Med Human Rights Monitor estime qu’au moins 10 millions de tonnes de gravats ont été évacuées, concassées ou déplacées de leurs sites d’origine dans les zones placées sous le contrôle militaire illégal d’Israël, qui couvrent environ 66 % de la bande de Gaza.


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