Gaza : Israël rouvre de manière très limitée le passage de Rafah avec l’Egypte

La réouverture du poste-frontière de Rafah, seul passage entre Gaza et le monde extérieur ne passant pas par Israël, fermé depuis le printemps 2024, était réclamée avec force par l’ONU et les ONG internationales. Mais les restrictions imposées par Israël sont loin de satisfaire à leurs demandes.

Le Monde avec AFP

Des camions transportant de l’aide humanitaire font la queue pour entrer au poste-frontière égyptien de Rafah, avant d’être inspectés par les autorités israéliennes et de pénétrer dans la bande de Gaza, à Rafah, en Egypte, le dimanche 1ᵉʳ février 2026.
Des camions transportant de l’aide humanitaire font la queue pour entrer au poste-frontière égyptien de Rafah, avant d’être inspectés par les autorités israéliennes et de pénétrer dans la bande de Gaza, à Rafah, en Egypte, le dimanche 1ᵉʳ février 2026. MOHAMMED ARAFAT / AP

Israël a rouvert très partiellement, dimanche 1er février, le point de passage de Rafah entre l’Egypte et la bande de Gaza, vital pour l’acheminement de l’aide humanitaire. Cette ouverture sera cependant, pour l’heure, limitée aux habitants du territoire, avec des conditions drastiques.

Le Cogat, organisme du ministère de la défense israélien supervisant les affaires civiles dans les territoires palestiniens occupés, n’a fait aucune mention d’une augmentation de l’aide et a précisé que le passage des personnes dans les deux sens ne commencerait pas avant lundi, une fois « les préparatifs achevés ».

La réouverture de Rafah, seul passage entre Gaza et le monde extérieur ne passant pas par Israël, fermé depuis le printemps 2024, était réclamée avec force par l’ONU et les ONG internationales afin de permettre l’accès de l’aide au territoire palestinien ravagé par deux ans de guerre.

Mais les restrictions imposées par Israël sont loin de satisfaire leurs demandes pendant que, dans la bande de Gaza en ruines, cette réouverture suscite espoir et amertume après plusieurs mois d’une trêve fragile.

Dimanche, environ 200 malades et blessés, selon un responsable du ministère de la santé de Gaza, attendaient d’aller se faire soigner en Egypte. Une quarantaine de fonctionnaires de l’Autorité palestinienne attendaient aussi depuis l’Egypte le feu vert israélien, a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) un responsable palestinien.

D’après des images de l’AFP, des camions-citernes et des ambulances ont pu traverser la frontière du côté égyptien mais n’avaient pas encore pénétré dans Gaza. Un porte-parole du mouvement islamiste palestinien Hamas, Hazem Qassem, a prévenu que « toute obstruction ou condition préalable imposée par Israël » constituerait « une violation de l’accord de cessez-le-feu ».

« Une petite porte d’espoir »

« Cette ouverture partielle entrouvre une petite porte d’espoir pour les malades », a témoigné auprès de l’AFP Amine Al-Hilou, 53 ans, qui vit sous une tente dans un camp du nord du territoire. « Je rêve de voyager et de poursuivre mes études en Turquie », a confié Adam Awad, 19 ans et déplacé à Jabalia (nord).

Zakaria, 39 ans, blessé en décembre 2024 dans un bombardement israélien, espère pouvoir partir le plus vite possible. « Plus j’attends, plus mon état empire et je crains que les médecins ne doivent m’amputer des deux jambes », a-t-il confié. « Je suis alité, je n’ai pas de fauteuil roulant et j’attends toujours l’autorisation de voyager pour me faire soigner. J’ai (…) rangé mes affaires dans un petit sac pour être prêt à partir. »

Cette amorce de réouverture intervient dans le contexte d’un cessez-le-feu très précaire. Des frappes israéliennes, samedi, ont ainsi fait 32 morts, selon la défense civile de Gaza, dont des femmes et des enfants, Israël déclarant de son côté avoir mené des bombardements en réponse à des violations du cessez-le-feu.

Le poste-frontière est fermé depuis que les forces israéliennes en ont pris le contrôle en mai 2024, à l’exception d’une réouverture limitée début 2025. Sa réouverture totale est prévue dans le cadre du plan du président américain Donald Trump visant à mettre fin définitivement à la guerre. Israël avait cependant prévenu que le point de passage de Rafah ne serait rouvert qu’une fois rendue la dépouille de Ran Gvili, le dernier otage retenu à Gaza depuis le début du conflit. Son corps a finalement été restitué le 26 janvier.

« Une autorisation sécuritaire préalable »

Le Cogat avait indiqué vendredi qu’il faudrait « une autorisation sécuritaire préalable » des autorités israéliennes pour sortir de Gaza et y entrer, en coordination avec l’Egypte et sous la supervision de la mission européenne à Rafah.

Le poste-frontière est situé dans un secteur encore occupé par l’armée israélienne après son retrait en deçà de la « ligne jaune », qui marque le retrait israélien d’environ la moitié du territoire aux termes de la première phase du plan Trump.

Sa réouverture devrait aussi permettre l’entrée à Gaza des 15 membres du Comité national palestinien pour l’administration de Gaza (NCAG), chargés de gérer le territoire pendant une période transitoire sous la supervision du Conseil de la paix présidé par Donald Trump.

Dimanche, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi et le roi de Jordanie Abdallah II ont réaffirmé leurs positions « fermes » contre « toute tentative de déplacement du peuple palestinien hors de sa terre ». Les deux dirigeants ont aussi appelé à « engager rapidement les opérations de reconstruction » dans le territoire palestinien, a déclaré la présidence égyptienne dans un communiqué publié à l’issue d’une rencontre au Caire.

Les Etats-Unis ont annoncé à la mi-janvier le passage à la deuxième phase du plan de paix, qui prévoit notamment le désarmement du Hamas, le retrait progressif de l’armée israélienne et le déploiement d’une force internationale de stabilisation.


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