Les opérations d’exhumation à grande échelle menées par l’armée israélienne à l’est de la ville de Gaza, sous prétexte de rechercher le corps du dernier captif israélien dans la bande de Gaza, sont profondément alarmantes.

Euro-Med Human Rights Monitor souligne que ce prétexte ne confère pas de légitimité à violer le repos des morts palestiniens, à manipuler leurs tombes ou à profaner leurs restes. Toute opération de recherche doit être strictement limitée en portée, soumise à des garanties humanitaires strictes, et menée sous supervision internationale neutre.
Au cours des deux dernières années, Israël a systématiquement détruit des cimetières dans la bande de Gaza, déterré et vandalisé des tombes, trafiqué des corps et transféré des dizaines de restes.
Nous avons examiné des rapports documentés indiquant que l’armée israélienne a déterré près de 200 tombes dans un cimetière du quartier de Shuja’iyya, près de la ligne jaune. Les opérations seraient en cours, sans information indépendante ni vérification neutre quant à l’examen sur place ou à l’évacuation ou transfert des corps ailleurs. Cela augmente considérablement le risque de violations graves et sape toute revendication de nécessité ou de retenue, d’autant plus compte tenu du schéma documenté d’Israël de destruction, de bulldozer, de manipulation et d’arrachage de corps dans les cimetières de Gaza.
L’expansion des exhumations en l’absence de toute présence palestinienne ou internationale neutre risque de dépasser l’objectif déclaré de la recherche d’un corps spécifique et augmente considérablement la probabilité de violer des cimetières
L’expansion des exhumations en l’absence de toute présence palestinienne ou internationale neutre, telle que le Comité international de la Croix-Rouge, risque de dépasser l’objectif déclaré de la recherche d’un corps spécifique et augmente considérablement la probabilité de violer l’inviolabilité des cimetières et des restes des défunts, y compris par le transfert ou la falsification de restes sans traces.
De telles pratiques violent non seulement la dignité du défunt, mais infligent aussi de graves préjudices psychologiques à leurs familles en les laissant dans l’incertitude quant au sort et aux lieux d’inhumation de leurs proches, en leur refusant la vérification ou les informations officielles, et constituent des traitements cruels et une torture psychologique des familles du défunt.
L’armée israélienne a détruit 21 des 60 cimetières de la bande de Gaza au cours des deux dernières années et a systématiquement vandalisé des cimetières et exhumé des tombes dans toutes les zones où elle a mené des incursions terrestres. Ces actions comprenaient le démantèlement de tombes, l’extraction des restes et leur écrasement avec des machines militaires, provoquant à plusieurs reprises le mélange, la perte et la disparition des restes, ainsi que des dégâts aux tombes voisines.
Toute opération de recherche israélienne pour retrouver le corps du dernier captif israélien dans la bande de Gaza ne justifie pas la violation de la sainteté des morts palestiniens ni l’exhumation de tombes palestiniennes. Le respect de la dignité des défunts est une obligation sans discrimination, et la falsification des restes ou des lieux d’inhumation, ou la profanation des cimetières, est interdite.
Le droit international humanitaire interdit l’enlèvement de cadavres et affirme que le traitement dégradant et les attaques contre la dignité, y compris celle des morts, constituent un crime de guerre au regard du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.
Un arrêt immédiat de toutes les opérations d’exhumation et de déminage de sépultures est nécessaire, ainsi que l’abstention de toute mesure unilatérale de fouille et la garantie que toute opération de recherche revendiquée soit soumise à des contraintes strictes, écrites et publiques qui définissent précisément leur portée avec un minimum d’interférence. Il faut faire appel à la présence d’un organisme neutre compétent, tel que le Comité international de la Croix-Rouge, chargé de documenter en détail chaque ouverture de tombe, y compris l’identification et les coordonnées des tombes ciblées, d’empêcher le transfert de restes hors de la bande de Gaza, d’assurer la réinhumation au même site sans modification, et de réhabiliter les cimetières endommagés de manière à préserver la dignité des défunts et les droits de leurs familles.
Il y a nécessité pour la Cour pénale internationale et les mécanismes d’enquête pertinents de l’ONU de remplir leur rôle dans l’enquête sur la destruction systématique des cimetières palestiniens et l’enlèvement de corps dans le cadre de dossiers plus larges sur les crimes commis par Israël dans la bande de Gaza, afin d’assurer la responsabilité, de prévenir l’impunité et de préserver la dignité des morts.


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