Le 8 Mai, plus d’une trentaine de bateaux de la Global Sumud Flottilla sont repartis en mer vers Marmaris en Turquie, où des représentants de plus de 50 pays se réuniront les 10 et 11 mai pour un symposium juridique et une assemblée générale permettant de finaliser les plans stratégiques de la mission vers Gaza1.
À Gaza, les élèves écrivent leur message à la liberté dans le port, sur le rivage de l’attente, avec les couleurs de l’espoir. Un texte d’Abu Amir et de Zakaria Bakr, pêcheur, le 5 mai.
« Dans un moment qui dépasse les limites d’une activité scolaire traditionnelle pour entrer au cœur de l’action nationale et humaine, l’école Les Premiers Pas (affiliée à UJFP) a organisé une activité au port de Gaza. L’administration de l’école et des élèves de différents niveaux scolaires s’y sont réunies dans une scène qui portait en elle un message clair : la nouvelle génération à Gaza ne vit pas seulement sous le poids du blocus, elle le comprend, le rejette et cherche des moyens créatifs d’exprimer sa position. Le port a ainsi accueilli cette initiative qui a mêlé parole, art et engagement.
Les élèves se sont tenues sur le rivage — cet horizon à la fois ouvert et fermé — pour exprimer d’une seule voix leur profonde gratitude et leur solidarité totale avec la Flottille de la liberté. Pour elles, celle-ci représente bien plus que de simples navires transportant de l’aide : elle incarne un acte humain universel qui redonne sens à la solidarité et brise le silence du monde face à la souffrance de Gaza.
Les élèves ont adressé un message clair aux participants de ces navires. Elles ont affirmé les attendre, apprécier leurs efforts et mesurer l’ampleur des sacrifices consentis — quitter leurs pays et leurs familles — pour venir à Gaza dans l’espoir de briser le blocus imposé. Ce blocus n’est plus seulement une réalité matérielle, mais fait désormais partie du quotidien de chaque enfant dans ce lieu. Pourtant, au lieu de se résigner, ces élèves ont choisi de transformer cette réalité en moteur d’action et en espace d’expression.
Leur participation à cette activité est une preuve vivante que l’éducation à Gaza est indissociable de la cause, et que l’école peut devenir une plateforme de formation d’une conscience politique et humaine. La scène n’aurait pas été complète sans la présence d’artistes plasticiens de Gaza, qui ont accompagné les élèves et contribué à orienter cette expression artistique collective. Le mur du port s’est transformé en une toile ouverte, portant dans ses détails un mélange de douleur et d’espoir, de blocus et de liberté, d’attente et de détermination.
Des pêcheurs étaient également présents — eux qui connaissent la mer non seulement comme source de subsistance, mais aussi comme une frontière quotidienne imposée par les restrictions et brisée par l’espoir. À leurs côtés se trouvait le camarade Zakaria Bakr, dont la présence a ajouté une dimension militante à l’événement, mêlant expérience de terrain, expression artistique et participation de la jeunesse dans une image reflétant l’unité de la société gazaouie face aux défis.
Les élèves ont choisi une manière différente d’exprimer leur reconnaissance. Elles ne se sont pas contentées de mots ou de slogans : elles ont pris des pinceaux et des couleurs pour peindre une fresque sur les murs du port. Cette œuvre n’était pas seulement artistique, mais constituait un message visuel adressé au monde, à tous ceux qui passent par là et à tous ceux qui naviguent vers Gaza. Elle portait des symboles de solidarité avec la Flottille de la liberté, exprimait l’attente et affirmait que Gaza n’est pas seulement un lieu assiégé, mais un espace vivant rempli d’espoir et de créativité.
Chaque couleur y avait sa signification, chaque trait son sens, transformant le mur en un texte ouvert que l’on lit avec les yeux et comprend avec le cœur. À ce moment-là, il était clair que les élèves ne participaient pas simplement à une activité : elles créaient un événement, écrivant une partie du récit de Gaza — un récit qui ne s’écrit pas seulement avec des mots, mais aussi avec des actes et des positions.
La présence de l’administration de l’école a donné à cette initiative une dimension éducative importante, affirmant que le rôle des institutions éducatives ne se limite pas à transmettre des connaissances, mais inclut aussi la construction de la conscience et le renforcement du sentiment d’appartenance. Dans une réalité complexe comme celle de Gaza, ce rôle devient essentiel : la nouvelle génération a besoin d’espaces pour s’exprimer et de modèles qui l’encouragent à agir et à participer.
Cette activité a réussi à atteindre cet objectif, en réunissant éducation, art et engagement dans un même cadre, offrant un modèle de ce que peut être une école lorsqu’elle s’ouvre à sa société et à sa cause. Le choix du port de Gaza n’était pas anodin. Il porte des significations profondes : c’est un point de rencontre entre l’intérieur et l’extérieur, entre le blocus et l’ouverture, entre la réalité et l’espoir. C’est aussi le lieu d’où partent les bateaux de pêche et où devraient accoster les navires de la liberté. Se tenir là, peindre sur ses murs et y adresser un message est un acte symbolique qui redéfinit cet espace, le transformant de frontière en lieu d’expression, de point de surveillance en plateforme de voix.
Au cœur de cette scène, le bruit de la mer semblait lui aussi participer, comme s’il reprenait le message des élèves et le portait au loin, là où naviguent les navires de la liberté. Dans cette rencontre entre le son et l’image, entre la parole et la couleur, entre la mer et l’humain, se forme un moment rare de sincérité — un moment qui affirme que Gaza, malgré tout ce qu’elle endure, reste capable de rêver, de s’exprimer et de créer de la beauté même dans les conditions les plus difficiles.
Cette initiative a laissé une empreinte visible dans les cœurs des participants et dans le lieu lui-même. La fresque demeure sur le mur, témoin de ce moment et porteuse du message des élèves : la solidarité n’est pas seulement une idée, mais un acte, et la liberté n’est pas un rêve lointain, mais un objectif à poursuivre par tous les moyens possibles.
Cette activité n’était pas un simple événement passager, mais une expression intense de la conscience d’une génération, de la détermination d’une société, et de la capacité humaine à transformer la douleur en espoir, le blocus en action et l’attente en message ouvert sur la mer. »
Brigitte Challande
Pour confirmer ce lien permanent tissé entre Gaza, toute la Palestine et les différents bateaux de la flottille, une journée aura lieu à Martigues le 16 Mai avec le bateau du Centre Culturel Embarqué amarré sur le quai d’honneur au pied de l’hôtel de ville. Seront présentés à la fois les témoignages des participant.e.s aux flottilles, les paroles de Gaza et de Palestine qui les attendent et des collaborations entre des artistes du monde entier et de Palestine. Musée, performances, concerts, témoignages au programme !
Dernière nouvelle : Victoire à la Solidarité ! Libération imminente de Thiago Ávila et Saif Abukeshek détenus illégalement par Israël depuis plus d’une semaine, après avoir été arrêtés dans la nuit du jeudi 30 mai 2026 au matin par la marine israélienne. Le Shabak, service de renseignement israélien, a informé l’équipe juridique d’Adalah qui les représentait, que Thiago et Saif, activistes et dirigeants de la Flottille mondiale Sumud (GSF), seraient libérés de détention israélienne samedi 9 mai 2026. Ils seront remis aux autorités israéliennes de l’immigration dans la journée et maintenus en détention en attendant leur expulsion. Adalah suit de près l’évolution de la situation afin de s’assurer que leur libération, suivie de leur expulsion d’Israël dans les prochains jours, se déroule comme prévu. Durant toute leur détention, ils ont été maintenus à l’isolement total dans des conditions punitives, malgré le caractère purement civil de leur mission. Les deux militants ont entamé une grève de la faim depuis lors, qu’Abukeshek a intensifié en refusant de s’hydrater à partir du 5 mai au soir.
Crédit photo Anas al Baba Oxfam
Notes:
- Le 12 mai une conférence de presse aura lieu en Turquie annonçant avec détermination la prochaine étape de la mission. r
Brigitte Challande est au départ infirmière de secteur psychiatrique, puis psychologue clinicienne et enfin administratrice culturelle, mais surtout activiste ; tout un parcours professionnel où elle n’a cessé de s’insérer dans les fissures et les failles de l’institution pour la malmener et tenter de la transformer. Longtemps à l’hôpital de la Colombière où elle a créé l’association « Les Murs d’ Aurelle» lieu de pratiques artistiques où plus de 200 artistes sont intervenus pendant plus de 20 ans. Puis dans des missions politiques en Cisjordanie et à Gaza en Palestine. Parallèlement elle a mis en acte sa réflexion dans des pratiques et l’écriture d’ouvrages collectifs. Plusieurs Actes de colloque questionnant l’art et la folie ( Art à bord / Personne Autre/ Autre Abord / Personne d’Art et les Rencontres de l’Expérience Sensible aux éditions du Champ Social) « Gens de Gaza » aux éditions Riveneuve. Sa rencontre avec la presse indépendante lui a permis d’écrire pour le Poing et maintenant pour Altermidi.


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