Les États-Unis soupçonnés de crime de guerre en Iran

Les États-Unis semblent avoir coupé l’accès à l’eau de plusieurs dizaines de milliers de personnes lors d’une frappe sur deux réservoirs, le 9 juin. Les faits pourraient être qualifiés de crime de guerre. « Les États-Unis frapperont l’Iran TRÈS FORT ce soir », menace à nouveau Donald Trump jeudi.

Justine Brabant

Des bombardements ont détruit, dans la nuit du 9 au 10 juin, deux réservoirs de stockage d’eau potable dans le sud de l’Iran. C’est d’abord un média public iranien qui s’en est fait l’écho. « Deux réservoirs d’eau ont été touchés » à la suite d’une attaque états-unienne près de la ville côtière de Kuhestak, indiquait, tôt mercredi 10 juin, l’agence de presse de l’Irib, l’audiovisuel public iranien, citant son correspondant sur place.

Le directeur de la compagnie des eaux et d’électricité de la province, Abdolhamid Hamzepour, commentait pour la même agence : les deux réservoirs, qui « jouaient un rôle essentiel dans l’approvisionnement en eau potable du district », ont été « pris pour cibles et entièrement détruits ». Il s’agissait de réservoirs d’une capacité de 500 et 2 000 mètres cubes – soit 2,5 millions de litres au total –, indique le même directeur.

Selon la compagnie des eaux, leur destruction a de fait coupé d’accès à l’eau 20 000 personnes dans la ville de Kuhestak et dix autres villages du district de Bemani.

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Photos publiées par l’agence de presse iranienne Tasnim. © Photo Tasnim


Des images satellite et des photos prises sur place, diffusées depuis, semblent confirmer ces informations. Une image satellite fournie par Airbus, prise le matin du 9 juin et analysée par le New York Times, montre les toits des deux réservoirs et leur localisation, sur une colline, à l’écart des zones résidentielles.

« Les deux sont équipés de tuyaux bleu clair, caractéristiques des réseaux de distribution d’eau », note le quotidien. On distingue ces tuyaux bleus sur des images de l’un des réservoirs détruits fournies par des médias iraniens.

Il faisait autour de 35 degrés dans la ville de Kuhestak, les 9 et 10 juin, lorsque les réservoirs d’eau ont été bombardés. Les autorités ont déployé en urgence des réservoirs portables dans les villages des alentours. L’installation d’eau potable a été réparée douze heures plus tard.

L’agence de presse iranienne Tasnim a publié des images de fragments de missiles décrits comme trouvés sur place. Selon des analystes en sources ouvertes (Open Source Munitions Portal), il s’agit de fragments d’une bombe GBU-39 de fabrication états-unienne. La GBU-39 est une bombe guidée larguée par avion, supposée être une arme de précision. Elle est également largement utilisée par Israël pour cibler des infrastructures à Gaza, et contient des composants du missilier européen MBDA, révélait le média Disclose en juillet 2025.

Le jour du bombardement contre les réservoirs d’eau, le Commandement militaire états-unien (Centcom) pour le Moyen-Orient annonçait, malgré le cessez-le-feu théoriquement en vigueur entre Washington et Téhéran, avoir mené des « frappes d’autodéfense contre l’Iran », en réponse à la destruction de l’un de ses hélicoptères lundi.

« Incontestablement un crime »

Tout en estimant qu’on ne sait pas encore si les États-Unis ont « délibérément frappé cette installation ou s’ils savaient de quoi il s’agissait », le New York Times note que les deux réservoirs se trouvent à l’extérieur du village, qu’il n’y a « pas d’autres infrastructures à proximité immédiate » et que « le fait de toucher des bâtiments isolés et de frapper au milieu d’un toit est considéré comme un indicateur probable d’une frappe de précision » – autrement dit, délibérée.

Fin février, le bombardement par les États-Unis d’une école primaire à Minab (dans la province du Hormozgan, celle-là même touchée par les frappes du 9 juin), avait tué au moins 168 personnes, pour la plupart « des écolières âgées de 7 à 12 ans » selon l’Unicef. Washington avait rejeté toute responsabilité, et souligné que l’école était voisine d’un complexe des forces navales du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Cette fois, aucune cible militaire ou infrastructure (électrique, routière) pouvant être utilisée à des fins militaires ne se trouvait à proximité.

« S’agit-il d’un crime de guerre ? Sans aucun doute. Les attaques contre d’autres infrastructures constituaient probablement aussi des crimes de guerre (pensez aux ponts ou aux centrales électriques), mais on peut au moins faire valoir qu’il s’agit d’installations à double usage. Les militaires utilisent les ponts, la production militaire utilise l’électricité produite »estime le professeur en études stratégiques de l’université de St Andrews (Écosse), Phillips O’Brien.

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Mais « s’en prendre à un réservoir qui alimente une communauté civile », qui plus est dans une région où la température peut atteindre plus de 40 °C et où il est impossible de survivre plus de quelques heures sans eau potable, « est incontestablement un crime », juge-t-il encore. Sollicitée par la presse états-unienne à propos de ce bombardement, la Maison-Blanche n’a pas répondu dans l’immédiat.

Début avril déjà, Donald Trump, frustré par l’absence d’avancées dans les négociations avec Téhéran, avait menacé de détruire les usines de dessalement du pays, indispensables à l’alimentation en eau potable des Iranien·nes. Plusieurs États et ONG de défense des droits humains avaient alerté du fait qu’il s’agirait d’un crime de guerre.

Jeudi 11 juin, le président états-unien a laissé penser qu’il ne s’arrêterait pas là. « Les États-Unis frapperont l’Iran […] TRÈS FORT ce soir », a-t-il assuré dans un post sur son réseau Truth Social.

Justine Brabant


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