Israël-Palestine: Des représentantEs des « sociètés civiles » réunis à Paris demandent des sanctions contre la colonisation!

Un an après l’Appel de Paris et la reconnaissance de l’Etat de
Palestine par la France, restée sans effet concret, le Quai d’Orsay a rassemblé, le 12 juin, militants, ONG et plusieurs ministres des affaires étrangères. Leurs recommandations seront transmises au G7, qui s’ouvre le 15 juin à Evian.

Neuf lettres, un mot se distinguent parmi les demandes convenues des représentants des « sociétés civiles » israélienne et palestinienne réunis par les autorités françaises à Paris, vendredi 12 juin : «sanctions ». Ces activistes demandent à la France et aux membres du G7, qui s’ouvre lundi 15 juin à Evian (Haute-Savoie), de faire pression sur Israël, afin de ralentir la destruction méthodique des territoires palestiniens que l’Etat hébreu mène depuis l’attaque terroriste du Hamas, le 7 octobre 2023.

A l’Institut du monde arabe, ces responsables d’organisations de
dialogue et de développement ont rappelé aux diplomates français,
animateurs des échanges, que « les sanctions individuelles [telle
l’interdiction de territoire annoncée mardi 9 juin par la France
contre le ministre des finances israélien et « proconsul » de
Cisjordanie, Bezalel Smotrich] ne servent à rien. Il faut sanctionner les organisations de colons. Il n’y aura jamais de solution à deux Etats si on ne stoppe pas la colonisation », insiste Doubi Schwartz, coordinateur d’Allmep, l’une des plateformes sollicitées par Paris pour rassembler ces activistes. « Nous demandons des actions réelles, un processus de sanctions et de pression sur Israël pour qu’il sente que ses actions sur le terrain lui coûtent en termes de légitimité en Occident comme auprès des Etats arabes », abonde Nada Majdalani, de l’ONG palestinienne EcoPeace.

En mai, l’Union européenne a adopté des sanctions contre Amana, le
lobby des colonies et leur principale entreprise de bâtiment. Une
petite musique monte, par ailleurs, ces derniers mois parmi les
Vingt-Sept, un frémissement de geste nationaux et d’initiatives
communautaires visant à limiter, voire à bannir le commerce avec les colonies israéliennes.

Quelques ministres des affaires étrangères (Belgique, Brésil, Canada,Islande, Andorre, Luxembourg et Monaco) et la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, étaient présents à Paris pour recevoir une déclaration commune rédigée par les activistes, qui doit être diffusée au G7 d’Evian. Ce document plaide, sans surprise, pour un cessez-le-feu réel dans la guerre d’anéantissement qu’Israël poursuit à Gaza (près de 1 000 morts ces huit derniers mois à Gaza), et pour une issue politique qui préserve le droit à l’autodétermination des Palestiniens.

Succession de Mahmoud Abbas

Ce forum donnait droit de suite à un précédent rassemblement organisé le 13 juin 2025 par Emmanuel Macron, à l’approche de la reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France et neuf autres pays, dont le Royaume-Uni, l’Australie et le Canada. Les participants avaient été surpris le matin même par la première guerre menée par Israël contre l’Iran et ses installations nucléaires. Une déclaration collective de principes avait néanmoins été signée, l’Appel de Paris, qui repoussait, pour sa part, son projet de reconnaissance à septembre.

Un an plus tard, la France cherche à faire exister un processus que la reconnaissance devait enclencher, mais que l’Elysée a largement délaissé, se contentant d’impulser une tentative d’apaisement de la colère d’Israël, sans succès. « La France est un sujet toxique en Israël, auquel aucun politicien ne veut être associé à l’approche des législatives » prévues à l’automne, résume ainsi un diplomate israélien. Le Quai d’Orsay s’est voué, pour sa part, à un travail ingrat de terrain en faveur d’une « réforme » de l’Autorité palestinienne, avec en ligne de mire les élections promises en 2025 par le président Mahmoud Abbas, qui s’est empressé d’oublier son engagement.

Le premier scrutin national palestinien depuis 2005 doit ouvrir la
succession d’un président parmi les plus âgés de la planète (90 ans), sans inclure le Hamas, mouvement militaire aux méthodes terroristes, mais également parti politique populaire et incarnation de la lutte armée et de ses impasses. Entretemps, une constitution, fort verbeuse, a été rédigée par un comité de technocrates aux ordres de la présidence. Le fils aîné de M. Abbas a été introduit au sein des organes directeurs du parti au pouvoir, le Fatah – il participait récemment à des rencontres au plus haut niveau au Liban.

Rien de concret

La réunion de Paris « a au moins le mérite de permettre à des
activistes de Ramallah ou de Bethléem de se rassembler et de nous
voir, nous Israéliens, alors que l’armée ferme les routes de
Cisjordanie et pressure tous les activistes », rappelle Daniel
Seidemann, critique respecté de la colonisation de Jérusalem-Est. Ce vieux militant n’attend rien de concret de cette réunion. Mais il est venu quérir une oreille attentive de ses amis diplomates parisiens, trop occupés depuis un an « par d’autres affaires du monde ». Il vient leur suggérer quelques mesures pour empêcher son gouvernement d’acter la fin du statu quo sur l’esplanade des mosquées de Jérusalem (le mont du temple pour les juifs) avant la fin de son mandat à l’automne.

Sur la liste des participants, on relève la présence de quelques
organisations de défense des droits humains israéliennes, et d’autres vouées à documenter les crimes d’occupation, telles Ir Amim et La Paix maintenant. Toutes ne sont pas venues cependant et leurs homologues palestiniennes manquent à l’appel, telle Al-Haq, qui n’a pas été invitée.

Ce biais de sélection est assumé par Paris, qui souhaitait réunir «des organisations vouées au dialogue », non sans susciter
l’incompréhension parmi ses invités. « Ce n’est pas le temps du
“dialogue” et de la “paix”, ces mots n’ont aucun sens. Il nous faut parler d’égalité des droits pour les Israéliens et pour les
Palestiniens, de droits nationaux et individuels, et de la fin
concrète des privilèges que les Israéliens s’accordent », plaide
ainsi, en français, Meron Rapoport, cofondateur de l’organisation A Land for All (« une terre pour tous »), qui défend une forme de
confédération israélo-palestinienne, en prenant acte de
l’impossibilité de séparer les deux peuples.--

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