Les dernières morts enregistrées vendredi 24 juillet, provoquées par un raid de colons armés dans un village palestinien proche de Naplouse, ont conforté une évidence : plus Israël colonise et plus la violence se déchaîne. Sans de fortes pressions extérieures, rien ne changera.
En arrivant aux affaires, en décembre 2022, la coalition dirigée par Benyamin Nétanyahou avait affiché son intention de pousser les feux de la colonisation en Cisjordanie occupée. Elle a tenu parole en multipliant les constructions illégales au regard du droit international et en attisant un nettoyage ethnique à bas bruit, maison par maison, dans la partie orientale de Jérusalem. L’armée d’occupation, partagée entre rejet timide et franche empathie à l’égard des colons les plus extrémistes, se montre incapable de les contrôler, laissant se développer ce que de plus en plus d’Israéliens qualifient de terrorisme.
Les dernières morts enregistrées vendredi 24 juillet ont conforté une évidence : plus Israël colonise et plus la violence se déchaîne. Les affrontements qui ont tué quatre Palestiniens et deux Israéliens ont en effet été provoqués par un raid de colons armés dans un village palestinien proche de Naplouse. De telles attaques sont désormais devenues une routine.
Ce terrorisme israélien avait été exacerbé par les massacres barbares perpétrés par le Hamas le 7 octobre 2023. Il a pris depuis une ampleur dramatique, tout en bénéficiant de la complaisance des autorités, alors qu’une bonne partie de l’opinion publique ne trouve pas grand-chose à redire à la colonisation.
La porosité entre l’extrême droite raciste et suprémaciste et le Likoud de Benyamin Nétanyahou, qui lui a donné les pleins pouvoirs en Cisjordanie, ne cesse, il est vrai, de progresser. Elle a été illustrée le 24 juillet par la visite du ministre israélien de la défense, Israel Katz, à un colon arrêté et détenu à la suite d’un raid violent dans un autre village palestinien, en mars, et qui observe une grève de la faim.

Cette dérive israélienne profite d’une totale impunité internationale. L’administration de Donald Trump a ainsi annulé les sanctions visant des colons jugés parmi les plus dangereux timidement imposées par son prédécesseur démocrate, Joe Biden, qui avait par ailleurs soutenu aveuglément la coalition la plus à droite de l’histoire d’Israël. En Europe, lorsqu’il s’agit de la colonisation israélienne de la Cisjordanie, le courage politique et le souci du respect des droits humains se limitent à des communiqués lénifiants. Seules l’Espagne et l’Irlande interdisent l’importation de produits en provenance de colonies israéliennes.
Ces décisions symboliques ne sont évidemment pas de nature à arrêter le rouleau compresseur de l’annexion de la Cisjordanie, une terre sur laquelle l’Etat hébreu n’a aucun droit. Ce rouleau compresseur a été courageusement dénoncé le 7 juillet par deux organisations non gouvernementales israéliennes, Shalom Akhshav et Kerem Navot. Elles ont mis en évidence l’accélération, depuis trois ans et demi, de l’accaparement des terres palestiniennes, des expulsions de communautés locales et de la construction de routes réservées aux colons.
Sans de fortes pressions extérieures, rien ne changera. Alors que s’ouvre la campagne pour les élections législatives israéliennes qui se tiendront le 27 octobre, les rivaux les plus sérieux de Benyamin Nétanyahou refusent ainsi d’envisager ne serait-ce qu’un ralentissement de la colonisation. Cette dernière est pourtant devenue le moteur d’une violence dont on ne voit pas les limites. La sanctionner devrait être une évidence morale et politique pour les Etats qui se refusent à cette inexorable descente aux enfers.
Le Monde


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